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Un très beau coup de cœur.

 

Un spectacle force 5 en émotions multiples et surprenantes, en beauté des scènes et des jeux, en richesse des sentiments des personnages. Un spectacle qui nous cueille dès le début et qui nous laisse heureux, soulagés et émus.

 

Un coup de poing dans l’affect. Un coup de bélier dans les souvenirs, ceux qui tanguent et flottent toujours sans jamais sombrer. Difficile de ne pas projeter un peu de nous-même ou de se rappeler des souffrances vécues par des proches.

 

Comme à l’habitude chez Daniel Keene, cet auteur contemporain exceptionnel, l’émotion grandit peu à peu comme un fleuve qui enfle de ses confluences et de ses pertes. Des torrents surgissent près des lacs tranquilles. Des flots émotionnels rares nous emportent avec force et délice.

 

Julien veut un père. Pas celui qu’il a, un autre. Plus disponible, moins lointain, plus vrai. Un père avec qui découvrir et apprendre le monde, discuter et se livrer simplement.

 

Alors il cherche, alors il trouve. C’est Pascal, l’homme du café d’en face, amateur de mots croisés. Oh, il en a observé plusieurs autres avant de faire ce choix, cet ado têtu et tenace, mais non, c’est Pascal, l’homme du café d’en face.

 

Étonnantes et troublantes impressions que d’assister à ce choix. Choisir son père. Un fantasme ? Une recherche de soi, comme un double inversé, d'une ou d'un autre que le fils ou la fille qu’on est ? Une compromission avec la vie telle qu’elle est pour se rapprocher de la vie telle qu’on la désire ?

 

Pascal, pourquoi lui ? Il n’a rien demandé. Il n’est pas en mal d’enfant. Sa vie semble lui convenir ainsi. Son égologie a trouvé son point d’équilibre. Après l’étonnement et le refus , l’apprivoisement de la découverte laisse place à la reconnaissance mutuelle, à ce qu’une relation entre père et fils peut avoir de force et de complicité, de plaisir d’être l’un pour l’autre celui qui aide et aidera, qui apprend et qui comprend. Y a-t-il un apprenti dans cette relation ? Si oui qui est-il ?

 

Daniel Keene écrit L’APPRENTI en 2009. Nous retrouvons sa plume précise, dans un texte incongru et prenant, décrivant l’instant dans toute sa puissance, son intensité et son intimité aussi. Julien et Pascal sont dépeints avec une pudeur vraie et une ardente envie de vivre heureux. La beauté de leur amitié, singulière et sans ambiguïté, montre le besoin manifeste d’affection qui cache un désir profond d’amour filial.

 

La mise en scène de Laurent Crovella et le choix de la scénographie circulaire nous placent au plus près des personnages, nous plongeant dans leur histoire. Nous ne pouvons pas échapper aux sensations qui affluent, aux émotions qui étreignent, comme des regards souriants et des caresses affectueuses de présences sereines et bienveillantes que l’on sent indélébiles.

 

Xavier Boulanger et Gaspard Liberelle se confondent à leurs personnages. L’intériorité des sentiments et leur crédibilité relèvent du brio. Deux comédiens de grands talents. Chapeau bas !

 

Très beau temps de théâtre. Le plaisir des retrouvailles ou celui de la découverte de l’univers de Daniel Keene est merveilleusement mis en vie dans ce spectacle.

 

Incontournable, je le recommande vivement.

 

 

De Daniel Keene. Traduction de Séverine Magois. Mise en scène de Laurent Crovella. Scénographie de Gérard Puel. Construction de Olivier Benoît et Bettinger Métallerie. Son de Grégoire Harrer. Lumières de Thierry Gontier. Costumes de Blandine Gustin.

 

Avec Xavier Boulanger et Gaspard Liberelle.

 

Festival Avignon Off 2017

 

Jusqu’au 28 juillet à 10h40 (relâche le lundi) – 13 rue du Pont Trouca 04.32.74.18.54 www.theatre-espoir.fr

 

- Photo © André Muller -

- Photo © André Muller -

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