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Un coup de cœur que ce Duras inattendu, singulier et totalement barré !

 

Marguerite Duras dit à propos de cette pièce, créée en 1968 : « C’est la chose la plus folle que j’ai jamais écrite ».

 

Rien moins et ce n’est pas peu dire !...

 

Là où nous sommes, le réel et l’imaginaire jouent à cache-cache. Le passé et l’avenir se moquent du présent qui lui, semble s’échapper comme un ballon qui s’envole. Seul l’instant compte. Et d’un instant à l’autre tout peut arriver, se dire ou se faire.

 

Voilà ce qui arrive quand A, une femme et H, un homme, se mêlent d’entreprendre une conversation avec B, le Shaga, et surtout tentent de traduire ses propos.

 

Mais où sommes-nous ? Une cour d’école ? De prison ? D’asile ? Un parking de station-service ? Il y a bien un bidon d’essence mais il est troué.

 

Incroyablement incompréhensibles, nous suivons les échanges par politesse, persuadés que l’éclaircissement viendra sans doute après que ces imaginaires débordant d’idées et de suppositions auront fini de se répandre dans l’absurde.

 

Nous y invitant sans le dire, nous y plongeant sans prévenir, l’illogisme ne connait pas de rupture. Aucun répit non plus dans ce mitraillage de propos et de gestes qui se font doucereux ou explosifs pour mieux nous surprendre et pour nous laisser pantois, le rire aux éclats et le sourire aux lèvres.

 

Et nous voici embarquer vers des horizons incertains mais probables, des affirmations certaines mais pas confirmées. Ces gens-là sont dotés d’une dinguerie sans âge ni présage, ils nous entourloupent de leur langage qu’il ne faut plus chercher à comprendre, c’est mieux ainsi.

 

Nous dégustons alors les saveurs de cet univers de folie douce et joyeuse, de mots abscons qui s’accrochent à nos sens, de sensations furtives qui nous caressent comme des brassées de poésies incongrues et des situations qui tout à coup nous font rire.

 

Car on rit beaucoup et souvent sans savoir pourquoi l’on rit. Il y a de la duperie dans l’air. Il y a de l’air dans cette théâtralité fourbe et malicieuse. Oui oui, tous ces riens qui se succèdent, l’air de rien, résonnent dans nos mémoires.

 

Le langage reprend ses droits sur la pensée. L’imagination vient s’entrechoquer avec la raison et l’émotion triomphe. On rit alors de ce que nous n’avons pas compris pensant commencer à comprendre. On rit des sorts que nous jette le texte, surpris et ravis de la poésie qui s’en dégage.

 

La mise en scène d’Hervine de Boodt apporte la gaité et le dynamisme à cette pièce dont l’envoutement hypnotique est rendu à merveille. Elle réussit la gageure trompeuse dans le théâtre de Marguerite Duras de sublimer les petits riens des situations et le laconisme des sentiments des personnages.

 

Les comédiens Catherine Giron, Antoine Sastre et Hervine de Boodt, très à l’aise en absurdie, semblent jouer leurs personnages autant qu’ils s’en jouent. Riches de regards, de silences et d’intonations, ils donnent leurs textes et les situations avec une harmonie finement travaillée. Ils sont tous les trois de magnifiques serviteurs de cette langue si particulière de Duras.

 

Un très beau Duras. Un spectacle au charme fou et drôle. Un coup de cœur que j'ai plaisir à partager. Je recommande vivement.

 

 

De Marguerite Duras. Mise en scène et costumes d'Hervine de Boodt. Lumière de Sylvain Bitor.

Avec Hervine de Boodt, Catherine Giron et Antoine Sastre.

 

 

Festival Avignon Off 2017

 

Du 7 au 30 juillet à 11h15 (relâche le mardi)

8 rue Ledru Rollin - 04.13.66.36.52

 

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