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Un très beau spectacle que cette comédie de Molière rarement jouée et qui tient une place particulière dans son œuvre. Alliant le burlesque au lyrisme, le drôle au sombre, tâtant presque de la tragi-comédie et traitant de sujets qui illustrent les réflexions nouvelles de son siècle sur la raison, l’erreur ou l’émotion, notamment portées par Descartes.

 

Une pièce parmi d’autres qui annonce et joue habilement de l’évolution du théâtre Baroque vers le théâtre Classique.

 

L’illusion, la métamorphose, le jeu, l’ostentation et les questions métaphysiques du théâtre Baroque laissent peu à peu la place à la bienséance morale, la catharsis et la contestation, avec la règle des trois unités de temps, de lieu et d’action, du théâtre Classique.

 

Molière, avec Amphitryon, joue sur les deux tableaux. La pièce se situe à la frontière du théâtre Baroque et du théâtre Classique. La mise en scène de Stéphanie Tesson le montre savamment avec une adresse scénographique à saluer. Du très bel ouvrage.

 

Le spectacle restitue à merveille les décors en toiles de fond peintes, les éclairages « comme à la bougie », les maquillages soulignés sur les visages blanchis, les costumes reprenant l’iconographie de l’époque et les jeux touchant à la déclamation (mais pas que) dans une diction posée et articulée aux intonations accentuées (mais pas que non plus). Les postures allant de la dignité quasi tragique d’Amphitryon et d’Alcmène aux rodomontades désopilantes de Sosie et Mercure.

 

Et nous nous laissons prendre, rire et sourire, par l’histoire de ces dieux descendus des cieux pour forniquer avec la belle bourgeoise ou bastonner un pauvre valet comme par ces jeux de miroir simples ou grossissants dont d’Amphitryon, noble militaire et son valet Sosie font les frais. Répliques drôles et cinglantes. Situations démoniaques et troublantes par moment, nous laissant entre farce et intrigue.

 

La distribution joue de l’excellence. Odile Cohen, touchante en Alcmène passionnée et désappointée. Jean-Paul Bordes, Amphitryon, passe de l’altier au dépit avec une fougue et une drôlerie irrésistibles. Nicolas Vaude, Sosie, incroyable de finesse et de jeu en poltron, en terreur des bacs à sable ou en amoureux sincère et meurtri. Il y a comme du poète burlesque chez ce Sosie. Guillaume Marquet (ce soir-là) en Mercure implacable et haïssable à souhait. Christelle Reboul, délicieuse et malicieuse Cléantis. Les autres comédiens ne sont pas en reste. Tous sont justes, précis et convaincants.

 

Un très beau Molière. Un spectacle étonnant, intéressant et drôle où l'illusion est reine et le rire est souverain. Je recommande vivement cet Amphitryon réussi.

 

 

 

De MOLIÈRE. Mise en scène Stéphanie TESSON assistée d’Antony COCHIN. Costumes, Corinne ROSSI. Peintures des costumes et des toiles, Marguerite DANGUY DES DÉSERTS. Lumières, Florent BARNAUD. Maquillages et perruques, Anne CARAMAGNOL, assistée de Stéphanie ROSSI.

 

Avec Jean-Paul BORDES, Benjamin BOYER, Antony COCHIN en alternance avec Yannis BARABAN, Odile COHEN, Mathias MARÉCHAL, Guillaume MARQUET en alternance avec Laurent COLLARD, Christelle REBOUL et Nicolas VAUDE.

 


Du mardi au samedi 21h00 et le samedi à 15h00

75 boulevard du Montparnasse, Paris 6ème

01.45.44.50.21 www.theatredepoche-montparnasse.com

 

- Photo © Alejandro Guerrero -

- Photo © Alejandro Guerrero -

- Photo © Pascal Gely -

- Photo © Pascal Gely -

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