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Personnage monstrueux ô combien, le rôle de la mère, dans cette pièce de Thomas Bernhard écrite en 1981, offre une gageure merveilleusement redoutable à jouer pour une comédienne. Gageure réussie, comme on s’en doutait, avec la grande Dominique Valadié qui nous estomaque, nous cueille, nous bouscule, nous éblouit. Irradiant le spectacle avec une maestria rare et un art abouti du jeu, elle nous donne là une leçon de théâtre !...

 

Ah ça, les élèves comédiennes et comédiens peuvent se précipiter au Poche-Montparnasse, le carnet à la main. Ils seront aux anges ! Que dis-je aux anges ? Élevés jusqu’aux nues ! Proches de l’extase et penauds devant le travail fourni.

 

Près de 2 heures à savourer cette grande dame du théâtre dans un rôle de tous les dangers.  Un quasi monologue, tenace, avançant en profondeur et en éclats jusqu’au bout.

 

Le public reste pantois, après ce coup de massue artistique.

 

La mise en scène de Christophe Perton est au cordeau. Tout est précis, les gestes, les mouvements, les postures et les jeux. La scénographie, les costumes, les lumières et les sons rendent la pièce impressionnante et captivante, d'une délicate et élégante beauté dramatique.

 

Le texte écrit avec la serpe caustique et le crayon ravageur qu’on lui connait, Bernhard n’y va pas de main morte pour nous décrire avec cynisme et cruauté cette femme prisonnière de sa folie et de son pouvoir, dévastant tout ce qui peut être debout sur son passage et en premier lieu, sa fille.

 

Pauvre parvenue bourgeoise par la richesse de son mariage, elle semble vouloir le monde plié, cassé ou meurtri autour d’elle. Elle se dépense avec une ardeur glaçante pour l’obtenir.

 

Tous les ans à la même époque, la mère et sa fille se préparent à partir pour la maison du bord de mer. Tous les ans à la même époque depuis 33 ans, les mêmes gestes et les mêmes paroles accompagnent ces préparatifs, donnant une occasion supplémentaire à la mère de répandre son fiel agressif aux outrances cruelles sur sa fille, victime à sa portée,  esclave grâce à qui on se demande si elle ne se délecte pas de la visualisation de son propre échec.

 

Après la mort de son premier enfant, atteint du syndrome de Mathusalem (nourrisson-vieillard), elle aura cette fille qu’elle semble n’avoir jamais aimée, « tu étais une enfant laide » et installera une relation pathologique et assassine, une sorte de fusion mortifère. Cette femme nie tout de la vie et de sa vacuité, du bonheur et de son illusion.

 

Après avoir invité à la mer l’auteur dramatique d’une pièce qu’elles ont vue toutes les deux, et peut-être parce qu’elle sent que sa fille l’admire, elle se confrontera avec ce jeune homme sur le sujet de l’utilité sociale du théâtre, « de cet art qui dénonce mais ne fait rien ». Sans peine, l’auteur sera soumis et la mère reprendra ses diatribes ininterrompues ou si peu.

 

Folie bipolaire sans doute. Sentiment de persécution mêlé à celui de la peur de l’abandon, elle sera tour à tour bourrelle, sauveuse et victime. Aucun repère stable ne lui permettra de se rétablir, son identité semble perdue, sa conscience d’elle-même aussi.

 

Admirablement entourée par Léna Bréban, remarquable dans le rôle de la fille, par Manuela Beltran et Yannick Morzelle, justes et convaincants, Dominique Valadié est magnifique et saisissante. Du très grand art.

 

Quel personnage ! Quelle comédienne ! Quel spectacle !

 

 

De Thomas Bernhard. Traduction de Claude Porcell. Mise en scène de Christophe Perton assisté de Camille Melvil. Scénographie de Christophe Perton et Barbara Creutz, assistés de Clarisse Delile. Création lumières d’Anne Vaglio. Création son d’Emmanuel Jessua. Création costumes de Samuel Theis. Régie générale de Benjamin Bertrand et Audrey Paillat.


Avec Manuela Beltran, Léna Bréban, Yannick Morzelle et Dominique Valadié.

 

 


Du mardi au samedi 21h00 et le samedi à 15h00

75 boulevard du Montparnasse, Paris 6ème

01.45.44.50.21 www.theatredepoche-montparnasse.com

 

- Photo © scènes & cités -

- Photo © scènes & cités -

- Photo © Pascal Victor -

- Photo © Pascal Victor -

- Photo © Stéphane Theis -

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- Photo © Stéphane Theis -

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