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Nous sommes au 18ème siècle à Vérone. Des jumeaux séparés à la naissance se trouvent le même jour dans cette même ville pour y épouser leurs promises. Ils ne se verront pas et c’est là un ressort principal de l’intrigue. Tonino, élevé à Venise, est un jeune homme élégant, spirituel et de bonne allure. Zanetto, élevé dans la montagne de Bergame, est un rustre, niais et maladroit.

Des malentendus en cascade et des imbroglios en série se succèdent dans cette folle journée sur fond de mariage arrangé, de bijoux volés, d’empoisonnement et d’une kyrielle de fourberies, de morceaux de bravoure et de complaintes amoureuses.

Un manège infernal et désopilant nous emporte dans cette comédie où se retrouvent nombre d’ingrédients et certains personnages de la commedia dell’arte dont s'est inspiré l'auteur.

Carlo Goldoni écrit la pièce « les deux jumeaux vénitiens », devenue LES JUMEAUX VÉNITIENS, en 1745 et la remanie en 1749. Cette période est cruciale pour son avenir. Il doit subir sa profession de jeune avocat et réfréner sa vocation d’homme de théâtre.  Il est sans doute révélateur de noter qu’au même moment, la même année, il écrit trois œuvres significatives ayant le thème commun du « double » : « Arlequin, valet de deux maîtres », « les jumeaux vénitiens » et « il Frappatore ». Double professions et double doutes. Le succès des « Jumeaux » met fin à la valse-hésitation, il devient l’auteur attitré et permanent de la troupe Medebac et s’installe à Venise.

Comédie des erreurs, des incompréhensions, de l’hypocrisie et de la vertu, Cette joyeuse pièce de Goldoni ne se prive pas de se moquer de la veulerie, de la cupidité et de la rouerie des bourgeois et des tartuffes tout en plaçant haut les cœurs les délices de l’amour et la sincérité de l’amitié. Il n’oublie pas de donner aux femmes, fidèle à la tradition théâtrale du contre-pied social, la force de leur rationalité, bousculant les codes et déclenchant les rires compensateurs dans les situations qu’elles régulent ou retournent.

L’adaptation de Jean-Louis Benoît restitue la puissance de la pièce, les répliques et les situations grotesques ou chevaleresques du texte tout en apportant une actualisation heureuse par un lexique modernisé, notamment. Le choix de costumes magnifiques réalisés par Frédéric Olivier comme le décor astucieux, beau et dépouillé réalisé par Jean Hass, donnent toute leur place aux jeux de scène que Goldoni fait prévaloir dans son théâtre qu’il veut réaliste et adapté à son époque.

La mise en scène et la direction de jeux, en finesse et en éclat, font resplendir la pièce d’un esprit festif, vif et acéré, lui donnant un rythme passant du fougueux au posé, selon les situations. La perfidie de l’illusion, la prédominance des sentiments amoureux et des valeurs morales sont rendus avec précision et fluidité.

Nous sommes portés par ce spectacle magistral et réussi, admirablement joué par une distribution en verve, jouant de l’excellence avec une précision au cordeau et un dynamisme stupéfiant.

Maxime d’Aboville joue les jumeaux avec une puissance de jeu époustouflante. Olivier Sitruk joue Pancrace, tartuffe et espiègle à souhait, on ne rêve que de l’étrangler. Victoire Bélézy est radieuse, Margaux Van Den Plas resplendissante, elles jouent les deux promises avec une séduction farouche et une passion délicieuses, les jumeaux sont chanceux.

Agnès Pontier et Benjamin Jungers jouent Colombine et Arlequin, le couple de domestiques fameux et séculaires de la comédie, avec une sincérité délicate et entière, et une pêche d’enfer. Philippe Berodot, Adrien Gamba-Gontard, Thibault Lacroix et Luc Tremblais ne sont pas en reste, ils jouent avec un engagement remarquable et une efficacité sans faille. Une très belle équipe.

Un grand et beau spectacle que je recommande pour l’intérêt du texte, le plaisir des yeux, la richesse des jeux et ce sentiment agréable d’avoir passé une bonne soirée.

 

De Carlo Goldoni. Adaptation et mise scène Jean-Louis Benoît. Décors Jean Haas. Lumières Joël Hourbeigt. Costumes Frédéric Olivier. Collaboration artistique Laurent Delvert.

Avec Maxime d’Aboville, Victoire Bélézy, Philippe Berodot, Adrien Gamba-Gontard, Benjamin Jungers, Thibault Lacroix, Agnès Pontier, Olivier Sitruk, Luc Tremblais et Margaux Van Den Plas.

 


Du mardi au samedi à 21h00. Samedi à 16h30 et dimanche à 16h00

78 boulevard des Batignolles, Paris 17ème

01.43.87.23.23 - www.theatrehebertot.com

 

 

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