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Quel plaisir de se laisser à nouveau plonger dans l’univers du théâtre de Jérôme Deschamps. C’est bienfaisant, drôlissime et au charme dingue d’une tendresse onirique et d’une poésie de l’illusion.

 

Tirée de l’œuvre de Flaubert, l’adaptation de Jérôme Deschamps s’empare du roman éponyme pour créer un spectacle truculent et clownesque, d’un pathétique résolument dédié au plaisir de rire, de sourire et de recommencer.

 

Flaubert écrit ce roman inachevé dans les années 1870 (il sera publié à titre posthume en 1881). Dans l’intention de décrire et de railler la bêtise humaine, il revendique sa volonté de tâter du comique. Il l’évoque précisément dans sa correspondance : « …/ je médite une chose où j’exhalerai ma colère. Oui, je me débarrasserai enfin de ce qui m’étouffe. Je vomirai sur mes contemporains le dégoût qu’ils m’inspirent, dussé-je m’en casser la poitrine ; ce sera large et violent ».

 

Flaubert l’écrit, Deschamps le montre !  Le ridicule ne tue pas mais qu’il est drôle et attachant quand il est singé ainsi.  Les personnages ne sont jamais moqués, ils sont exagérés, pour mieux les voir dans leur grandiloquente surestime d’eux-mêmes ou dans leur petitesse sournoise.

 

Bouvard et Pécuchet sont deux badauds qui déambulent sur le boulevard. Ils font connaissance sur le banc public, ravis de découvrir qu’ils inscrivent tous deux leurs noms dans leurs chapeaux. Cette coïncidence les rapproche. Ils causent, ils devisent, ils s’ébaudissent de considérations plates comme des clichés et redondantes comme de banals stéréotypes.

 

Leurs centres d’intérêts communs sur tout et beaucoup de riens les lient comme l’ivresse lie deux pochards. Ils deviennent inséparables et vivront de vains mots en surenchères et d’aventures champêtres en soifs de tout savoir sans jamais rien comprendre.

 

Micha Lescot est d’un comique abouti, grand escogriffe en caoutchouc. Il forme aux côtés de Jérôme Deschamps, désopilant monsieur catastrophe, un duo de théâtre hilarant, impressionnant d’efficacité gouailleuse et caustique. Des Bouvard et Pécuchet que Flaubert aurait sans aucun doute aimé voir.

 

Une femme (Pauline Tricot) et un homme (Lucas Hérault) sont là pour illustrer leur environnement, subir leurs rages et leurs invectives, s’interposer dans leurs projets. Toujours étranges, toujours drôles.

 

Une kyrielle d’accessoires, de machineries loufoques, de bruits et de fumées campent le décor des situations grotesques où les gags s’enchainent et les répliques fusent.

 

Chroniques de la bêtise ordinaire, sublimant la couardise, la prétention et l’erreur par l’humour et l’autodérision, truffées de compassions sincères mais délirantes pour ses personnages, ce spectacle fleure bon la joie de rire.

 

Un temps de théâtre savoureux et délicieux.

 

 

 

D’après le roman de Gustave Flaubert. Adaptation et mise en scène de Jérôme Deschamps assisté par Arthur Deschamps. Costumes de Macha Makeïeff assistée par Claudine Crauland. Lumières de Bertrand Couderc assisté par Julien Chatenet. Scénographie de Félix Deschamps. Accessoires de Sylvie Châtillon. Postiches et perruques de Cécile Kretschmar. Conception des décors de Clémence Bezat.

 

Avec Jérôme Deschamps, Lucas Hérault, Micha Lescot et Pauline Tricot.

 


Voir calendrier sur le site du Théâtre de la Ville

Espace Pierre Cardin, 1 avenue Gabriel - Paris 8ème

01.42.74.22.77 - www.theatredelaville-paris.com

 

- Capture d'écran www.tnt-cites.com -

- Capture d'écran www.tnt-cites.com -

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