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Ah quand une famille se retrouve réunie pour un moment festif, même si le père malade reste enfermé dans sa chambre, ne nous étonnons pas que les mensonges, les cachoteries, les rancunes et surtout les secrets tentent de ressortir du passé, là où ils se terrent enfouis dans les oublis meurtris ou bâillonnés par les usages de la convenance.

 

Oh mais quel pataquès !... Suzanne, patronne matriarcale de cette famille sarthoise, sort ses griffes autant qu’elle retient ses rancœurs. Elle oscille sans ciller entre rage et courage, laissant trainer son amour derrière ses abords de souveraine froide et lucide. Elle accueille chacun des membres comme un problème à régler, avec le sourire caustique de celle qui subit mais ne se soumet pas.

 

Et ça débarque, ça déballe, ça rembarque ! Pas vus pas pris mais toujours bien dit !... Il y a comme un « j’ai deux mots à vous dire » qui plane, un « qui s’y frotte s’y pique » aussi. Et tout à coup, ça fuse, comme un aigle qui s’abat sur sa proie.

 

Tous les attributs dangereux des retrouvailles se conjuguent alors. Retrouvailles de la fratrie avec son enfance et sa jeunesse ; Les blessures non pansées ; Celles toujours ouvertes qu’on préfère soumettre à la dérision de l’évitement comme celles trop importantes qui attendent des soins.

 

Bénédicte Fossey et Eric Romand signent un texte simple et en même temps irrémédiablement chargé de sens. Les repas de famille et ce qu’ils font rejaillir de nos mémoires et de nos oublis, inconscients ou pas ; Les pulsions archaïques autour de la mère nourricière, le modèle, l’exemple, le totem qui ne peut pas faillir ; Le télescopage des places acquises ou conquises dans la tribu qui se rejoue toujours ; La quête de reconnaissance de l’adulte devenu·e, qui peut passer parfois par une recherche de vérité et de résilience sur les méfaits connus, méconnus ou supposés de l’histoire familiale.

 

La mise en scène de Pierre Cassignard semble faire le choix de la sobriété. Aucun effet inutile ne vient alourdir l’histoire. La fluidité glisse avec adresse et précision. L’ensemble est plaisant, drôle et prenant à la fois. Pierre Cassignard laisse toute la place aux comédiens pour nous entreprendre et nous faire goûter aux saillies croustillantes du texte et aux truculences des jeux. C’est bien vu.

 

La distribution remporte un franc succès. Annie Grégorio en tête qui nous présente une incroyable et désopilante Mater Familias. La savoureuse Françoise Pinkwasser nous montre une tata déjantée à point. Aude Thirion, une bru plus coincée tu meurs. Et Lisa Martino, Pierre-Olivier Mornas et Jeoffrey Bourdenet, tous les trois justes, précis et convaincants, composent une fratrie comme on souhaite n'en voir que chez des voisins, des cousins très éloignés ou des copains perdus de vue mais surtout pas dans sa famille ! …

 

Les pensées surviennent devant les miroirs implacables de la scène. Les rires parfois jaunes côtoient les autres franchement drôles. Une comédie de mœurs sympathique.

 

 

 

De Bénédicte Fossey et Eric Romand. Mise en scène de Pierre Cassignard assisté de Pascale Bouillon. Costumes de Camille Duflos. Décors de jacques Voizot assisté d’Olivier Prost. Lumières de Denis Koransky. Son de François Peyrony.

Avec Jeoffrey Bourdenet, Annie Gregorio, Lisa Martino, Pierre-Olivier Mornas, Françoise Pinkwasser et Aude Thirion.


 


Mardi au samedi à 21h00 - samedi à 17h00 et dimanche à 15h00

15 rue Blanche, Paris 9ème

01.42.80.01.81 – www.theatredeparis.com

 

- Photo © Céline Nieszawer -

- Photo © Céline Nieszawer -

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