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Une narration incarnée avec vigueur et engagement par Émilie Chevrillon, éblouissante de vérité dans cette histoire percutante d’une femme éduquée pour subir, mariée pour s’enfuir en espérant courir vers une libération, finalement soumise dans un couple reproduisant les usages ancestraux où la femme survit et l’homme vit. L’une servant l‘autre sans rémission.

 

Jusqu’à ce que le hasard, un nouveau dieu de la Grèce moderne peut-être, se jouant de la détermination inéluctable d’une vie tracée d’avance, vienne taquiner le destin à Athènes et poser là, dans la vie d’Erato, une fenêtre vers l’échappée.

 

Erato raconte son parcours jusqu'à sa renaissance. Sur fond d’Athènes en crise, elle dit ses souffrances depuis l’enfance, conjuguées à celles de l’épouse dupée, humiliée et sacrifiée au machisme dominant de son mari Leftéris. Son bourreau. Flic corrompu et homme indigne, il meurt accidentellement, libérant enfin Erato.

 

Retraçant son passé gâché de jeune femme, elle laisse deviner sa revanche à venir sur ses plaisirs empêchés, sur sa condition de femme meurtrie et frustrée. Elle crie sa joie de revivre malgré les horreurs traversées qu’il lui faudra apaiser avec du temps, de nouvelles rencontres et ce nouveau courage qui semble désormais l’habiter.

 

Ce magnifique monologue théâtral d’Antonis Tsipianitis nous émeut, nous trouble autant qu’il nous fait rire. Plein d’humour et de regards acerbes et affutés sur la société moderne qui n’a d’Égalité et de Liberté que le discours, le texte dénonce, lucide et intransigeant, les valeurs brillantes et les réalités sombres de la condition féminine aujourd’hui, le poids des traditions familiales et des archétypes sociaux.

 

La mise en scène au cordeau de Christophe Bourseiller dessine le personnage dans ses affres et dans son ressourcement avec la simplicité d’un face à face avec le public, réservant à la comédienne le soin de le rendre intense et proche, traversant le quatrième mur pour mieux nous rapprocher du propos et nous convaincre de la force de son message.

 

Émilie Chevrillon nous cueille et nous touche. Des déceptions de la jeune mariée, aux portes de la mort de la future mère, jusqu’aux frontières de la liberté qui se présente à la femme, la comédienne montre toutes les émotions qu’Érato ressent avec une précision époustouflante.

 

Un spectacle aux sensations multiples, où le malheur et le bonheur se croisent, où l’empathie pour cette femme nous fait craindre et espérer, où nous oublions plus d’une fois qu’il s’agit d’une fiction tant le texte est vrai et la comédienne convaincante. Un beau moment de théâtre.

 

 

 

D’Antonis Tsipianitis. Adaptation d’Haris Kanatsoulis et Chantal Stigliani. Mise en scène de Christophe Bourseiller.

Avec Emilie Chevrillon.

 


Du mardi au vendredi à 21h00 et le samedi à 16h00

23 rue de la Huchette, Paris 5ème

01.43.26.38.99 – www.theatre-huchette.com

 

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