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Expérience étrange et impressionnante, cette représentation de LA VOIX HUMAINE de Jean Cocteau laisse un gout d’aventure inédite et déroutante. Nous sommes confrontés à une théâtralité aux contrées intangibles et peu explorées. La mise en scène de Charles Gonzalès, implosive et inductrice, affiche un parti-pris aux allures intimes et complexes.

 

Gonzalès apporte au texte de Cocteau une approche sensible et mystérieuse à la fois, sublimant la voix. Comme un subtil mélange entre un art concret de la représentation du réel et la délivrance d’une mélopée tragique des douleurs de l’amour.

 

Bien sûr, la voix est utilisée comme l’organe qui transmet des messages, dans ses acceptions techniques et matérielles mais elle se révèle aussi le média de propos inavoués et implicites. De non-dits qui résonnent depuis l’univers métaphorique de Cocteau, où le romantisme onirique sait suggérer le dévoilement des relations à l’amour.

 

Nous sommes dans un studio d’enregistrement où la comédienne (magnifique Yannick Rocher) porte un casque et reste immobile le plus souvent, assise sous un micro qui pend. Seule sa voix prédomine. Elle dit le texte sans marquer les intonations, laissant échapper les émotions des mots dits et des situations évoquées. Une monocordie envoutante et émouvante. Plusieurs ruptures viennent interrompre la parole, laissant au corps le soin de nous entreprendre, de nous montrer l'attente douloureuse et la souffrance de l'espoir.

 

La voix parle comme on parle au téléphone, avec des silences laissant deviner l’autre, avec des reprises comme quand la communication passe difficilement. La voix peut être celle d’une femme qui quête un dernier lien avec son amant parti. Elle peut être aussi celle de l’auteur qui parle à la vie ou à son être aimé.

 

La douleur languissante est telle qu’elle ne semble pas pouvoir s’interrompre. Comme si la Voix Humaine se mettait à aimer désormais la souffrance autant voire plus que l’être cher qui la quitte.

 

Face à l’absence d’amour, se résoudre à aimer l’absence comme une mémoire de cet amour ?

 

La structuration scénographique de Charles Gonzalès est d’une adresse travaillée, alliant musiques, sons, vidéos et lumières, construisant un écrin froid, soyeux et épuré pour le jeu.

 

L’interprétation de Yannick Rocher est toute en maitrise et en finesse, à corps et cœur perdus. La voix dit le texte avec des scansions mesurées, jouant des échos parsemés de celle de Berthe Bovy, la comédienne qui créa le rôle en 1930. Impressionnant. Le corps crie ses meurtrissures dans le silence de la solitude et les affres de l’abandon.

 

Un spectacle étonnant, d’une audace inouïe et curieuse. Une proposition novatrice et exemplaire du chef d’œuvre de Jean Cocteau. Une découverte que je recommande vivement.

 

 

 

De Jean Cocteau. Mise en scène, lumières et sons de Charles Gonzalès.

Avec Yannick Rocher et la participation exceptionnelle à l'image de Monique Dorsel.

 


Les lundis et mardis

à 20h00 jusqu'au 26 décembre et à 19h30 du 8 janvier au 27 mars

5 rue Blainville, Paris 5ème

01.42.01.81.88  www.theatredelacontrescarpe.fr

 

 

LA VOIX HUMAINE au Théâtre de la Contrescarpe
LA VOIX HUMAINE au Théâtre de la Contrescarpe

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