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Élisa est déjà là, sur le plateau, digne et patiente. Le temps que nous nous installions, elle reste debout au fond, côté jardin, derrière un banc et proche d’un grand miroir. Il émane d’elle comme une empathie étrange. Un regard vif et placide à la fois, Des yeux qui balayent, une attitude un rien fébrile. Tout semble en hâte de commencer le moment de se confier, de nous dévoiler l’urgence de ses propos.

 

Puis tout à coup, elle s’exprime. Elle semble poursuivre la conversion avec nous, interlocuteurs complices et silencieux, avec qui elle s’entretenait et s’entretient encore comme si de rien n’était, comme si une interruption avait suspendu malencontreusement le fil de notre échange.

 

Élisa raconte sans cesse des émois d’amour, des débuts d’histoires ou des bribes qui reviennent par à-coup. Elle parle de Sigfried, d’Anna, de Jan, de Ginette, d’Edmond et d’autres sans doute, qui pourraient être nous. Elle nous fait tant ressentir ces contacts, ces vibrations ou ces attirances que nous les faisons nôtres, par truchement, par projection, par désir peut-être.

 

« …Si vous étiez une femme dans un café, une femme qui a peur pour sa peau, et si un jeune homme vous avait dit ce qu’il m’a dit, est-ce que vous l’auriez cru ? Non ? Moi, je suis sûr que oui… »

 

Quel est ce secret insensé confié dans un café ? Provient-il du fond de la mémoire troublée d'un passé ou du bord surnaturel d’un fantasme ? Peu importe d’où il vient et ce qu’il est car il emporte avec lui la poésie de la sensualité, celle du contact intime et impudique de l’abandon amoureux d’un rituel bienfaisant.

 

Carole Fréchette écrit ce texte en 1998, à partir d’un recueil d’histoires vraies, survenues il était une fois dans une ville précise. Son écriture nous cueille, l’interpellation permanente du spectateur captive. Elle sait nous emporter dans les choses simples d’un récit comme si elle nous le contait en confidence, cherchant que son écho nous parle. Une belle et précise écriture de l’intimité qui dévoile la sincérité des sentiments, de ses troubles comme de ses joies.

 

Mama Prassinos met en scène le spectacle et interprète magnifiquement Élisa, avec Julien Lecannellier dans le rôle du jeune homme aux apparitions sporadiques et bien jouées. Le jeu de Mama Prassinos est remarquable, dense et troublant. L’intensité puissante et délicate qu’elle met dans son personnage nous saisit, nous convainc et nous sourit. Des frissons d’amour nous traversent, légers ou pénétrants tant l’interprétation est incarnée et les émotions vraies.

 

Un très beau temps de théâtre, sensible et profond qui laissent nos désirs à nos pensées et nos souvenirs à nos rêves, les nourrissant avec délicatesse.

 

 

De Carole Fréchette. Un spectacle de Mama Prassinos sous le regard de Félicie Artaud, Gilbert Désveaux et Dag Jeanneret. Scénographie et Costumes de Cécile Marc. Lumières de Thomas Clément de Givry. Création sonore de Mia Mandineau et Serge Monségu.

 

Avec Julien Lecannellier et Mama Prassinos.

 

 

Du 3 janvier au 24 février 2018

Du mercredi au samedi à 19h00

7 rue Véron, Paris 18ème

01.42.33.42.03  www.manufacturedesabbesses.com

 

 

- Droits Réservés -

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