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Oh que oui on en connait des Madames Marguerite et on ne dit pas non ou je me fâche ! Des instit’ comme elle, nous en avons tous rencontré.

 

Dans la réalité vraie de nos souvenirs d’enfance mais plus surement dans nos rêves sadiques ou nos cauchemars d’horreur, enfants, la veille de l’école ou adultes, fantasmant sur les abus de pouvoirs de la N+1 ou d’une collègue monstrueuse… et par sublimation, sur la triste et édifiante connaissance des maltraitances et des tortures dont notre monde regorge.

 

Profondément ancrée sur le désir de bien faire, de tout faire, pour œuvrer à l’éducation de ses élèves au-delà même de leur instruction, madame Marguerite nous fait partager sa classe comme si nous y étions.

 

Et nous ne sommes pas déçus du voyage !

 

Ce n’est pas qu’on ne peut pas l’encadrer la petite Margot mais elle abuse quand même ! Elle ose tout pour déglinguer la moindre résistance à obéir. Obéir ! son mot préféré, celui qu’elle choie comme d’autres des doudous, des gris-gris ou des pattes de lapin vivant. Elle dépasse toutes les bornes de la bienséance pour expliquer l’anatomie aux CM2 qui n’ont pas intérêt de broncher car autrement sinon, c’est Waterloo dans la classe ! « viré dans le bureau du directeur dont on ne revient jamais », « le squelette dans le cul du premier qui moufte » ! Non mais ça, il ne fait pas bon la braver la brave !

 

Une identité des plus complexes chez cette femme qui semble souffrir d’être elle-même. Mais qui est donc cette madame Marguerite ?

 

Une femme transie de peurs rentrées quelle exprime par une outrageante agressivité. Une instit’ à l’idéal placé trop haut sur le foc de son bateau en dérive par vent de bout. Une paumée de la relation sociale qui pense peut-être que son statut lui donne une personnalité suffisante et nécessaire pour vivre son métier, pour vivre tout simplement et sortir de sa solitude aux allures de démence.

 

Une femme qui ne semble pas avoir connu l’amour ni l’affection de la relation intime. Ni même une sexualité assouvie tellement ses allusions explicites sont dégradantes pour elle comme pour ses élèves.

 

Une femme qui voudrait tant faire le bien mais qui s’y prend si mal. Haïssant ses élèves tellement elle voudrait les aimer. La menace à la bouche pour toute explication. Confondant le risque de l’inconnu avec le danger de la peur.

 

Nous ne pouvons que rire pour la plaindre sans la rejeter. D’abord parce que le texte de Roberto Athayde le veut ainsi. Passant du cynique à la crudité, de la drôlerie au tragique, il dépeint un personnage meurtri devenu sauvage pour se maintenir debout. Un monologue déchirant, émouvant et truffé de décalages qui nous font en accepter l’outrance par l’humour, noir mais très noir, qui le baigne.

 

Anne Bouvier met en scène avec une résolue volonté de nous montrer ce qui habite le personnage, ce qui l’anime avant de nous la montrer dans ses abus divers, ses incongruités vertigineuses et sa gouaille qui la rend sympathique et pathétique à la fois.

 

Stéphanie Bataille est extraordinairement lumineuse dans ce rôle délicat qui ne doit ni sombrer dans le ridicule ni jouer dans le grand-guignol. Il y a comme une poésie de l’illusion et du désespoir dans ce qu’elle nous restitue. Un très beau travail d’interprétation.

 

Un voyage étonnant et bouleversant pour découvrir ou redécouvrir ce texte magnifique. Un spectacle drôle et attachant qui ose la peur, l’exagération et la compassion pour un personnage inouï majestueusement interprété. Incontournable !

 

 

De Roberto Athayde. Mise en scène d’Anne Bouvier. Lumières de Denis Koransky. Costumes d'Élisabeth Tavernier. Décors d’Emmanuel Charles.

 

Avec Stéphanie Bataille.

 


Du mardi au samedi à 19h00 et le dimanche à à 17h30

75 boulevard du Montparnasse, Paris 6ème

01.45.44.50.21  www.theatredepoche-montparnasse.com

 

- Photo © Gaël Rebel -

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