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Un spectacle où l’élégance d’un combat à fleurets mouchetés se mêle à la crudité du harcèlement dans une splendide bataille entre une romancière et son éditeur, le temps d’un repas où tout est dit, tout est lâché.

 

Victor Pontier, célèbre éditeur et goujat à la connardise aboutie invite au restaurant Léa Belmont, jeune romancière qui souhaite faire paraitre son deuxième roman. Au motif de discuter du contrat d’édition, Victor tentera tout le long du dîner de séduire Léa qui n’aura de cesse de remettre le couvert sur les enjeux de sa présence et défendre avec dignité et conviction son talent et son insoumission.

 

Le repas se déroule dans une ambiance de sourdes tensions. Le machiavélisme du harceleur s’empêtre dans des propos et des postures ridicules de suffisance et de mépris pour la femme qui lui tient tête avec brio et finesse.

 

Heureusement, le garçon de restaurant survient par à-coup et toujours à point nommé pour distraire le jeu, le brouiller et le moquer avec la hardiesse d’un personnage venu d'ailleurs qui s’emporte dans des épopées d'explications culinaires ou lunaires, chantant des airs d’opéra et finissant les verres de vin.

 

Sans ces grains de folie salvateurs, il est fort à parier que le public ne monte sur la scène, tordre le coup de Victor ou lui faire avaler ses escargots par les oreilles.

 

Est-il possible que Victor Pontier, ce bourgeois machiste imbu de son pouvoir, de sa vanité et de ses certitudes, arrive à ses fins ? Jusqu’où peut-on compromettre son salut en opposant honneur et gloire ?

 

Un texte insupportable de précision sur la bêtise humaine gavée de domination masculine. D’un cynisme ciselé, il est construit dans une astucieuse progression qui fait monter la colère et attendre avec impatience la fin pour connaitre le destin de Léa.

 

Un texte théâtralisé par une adaptation heureuse qui alterne les moments crus et cruels de l’échange entre l’homme et la femme, aux délires fantasmagoriques du garçon de restaurant, hallucinant de drôlerie dans ses envolées rhétoriques iconoclastes.

 

La mise en scène de Ludovic Laroche est précise, feutrée et crée ce qu’il convient d’atmosphère pour nous troubler et ne plus savoir si ce salon de restaurant est un purgatoire ou un enfer. Les jeux sont calés au cordeau, sans accents, laissant aux répliques et aux situations la force de nous entreprendre avec une sobriété à l’efficacité redoutable.

 

La distribution est brillante. Stéphanie Bassibey donne à Léa Belmont une prestance à la beauté éclatante et une force de caractère remarquable dans l’émotion et la répartie. Pierre-Michel Dudan chante aussi bien qu’il joue et nous surprend de ses interventions hilarantes et très justement placées. Ludovic Laroche a dû être un enfant sournois et méchant dans les bacs à sable, ce n’est pas possible autrement, il joue un Victor Pontier détestable à souhait avec la modération nécessaire toutefois pour être horriblement crédible. Une fine et bonne équipe !

 

Un spectacle surprenant qui passe de la légèreté à l’intolérable sans crier gare, nous laissant captivés et suspendus jusqu’à la fin. Un propos d’actualité. Un spectacle fin et détonnant. Une très agréable surprise.

 

 

D’après Henri-Frédéric Blanc. Adaptation et mise en scène de Ludovic Laroche.

Avec Stéphanie Bassibey, Pierre-Michel Dudan et Ludovic Laroche.


Jusqu’au 6 janvier du mardi au samedi à 21h00

Représentation supplémentaire le dimanche 31 décembre à 20h00

23 rue de la Huchette, Paris 5ème

01.43.26.38.99  www.theatre-huchette.com

 

NUIT GRAVEMENT AU SALUT au Théâtre de la Huchette
NUIT GRAVEMENT AU SALUT au Théâtre de la Huchette
NUIT GRAVEMENT AU SALUT au Théâtre de la Huchette
NUIT GRAVEMENT AU SALUT au Théâtre de la Huchette

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