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Un spectacle singulier dans sa forme comme dans son propos qui nous invite à assister de façon on ne peut plus impliquante à une conversation riche et passionnée, accessible et passionnante, sur la recherche de sens des notions majeures issues d’extraits de l’ancien testament, avec des références multiples aux autres livres religieux, pour décortiquer les interprétations signifiantes que le travail de transmission a propagé dans l’histoire de l’humanité.

 

Installé·e·s autour d’un carré de tables sur lesquelles jonchent nombre de livres et de documents extraits de livres anciens, nous voici captivé·e·s par cet échange entre quatre interlocuteurs (une comédienne et trois comédiens) dont un modérateur, avec un intérêt inattendu, inouï et croissant.

 

Cette approche philosophique et psychanalytique des textes, au-delà de toute croyance à aucun moment suggérée, enquête sur le sens donné aux préceptes, aux principes et aux valeurs propres à l’identité humaine, à l’altérité, à la nature et à la culture. Nous sommes conduits à interroger notre rapport à la connaissance. Comme une confrontation à l’inconnu dont on cherche à comprendre l’existence tout en combattant nos peurs.

 

Ce spectacle devient vite une lecture humaniste de textes sacrés comme une libération de la divine origine qui dit que Dieu n’a pas créé l’homme (« La Divine Origine : Dieu n'a pas créé l'homme » est le titre de l'essai de Marie Balmary, dont est tirée l’adaptation théâtrale). Psychologue clinicienne et psychanalyste, l’autrice Marie Balmary nous permet de découvrir ou redécouvrir par son propos en forme de décorticage de textes et de quête de sens, les éléments inaperçus, cachés ou incompris, fondateurs du mythe religieux.

 

La création de l’humain, de l’homme, de la femme. Les notions de tentation, d’autorité et de désir. Celles fondamentales de l’interdit et de son corollaire, la culpabilité. De pensées reposées en réflexions nouvelles, nous cheminons dans les méandres de la transmission, de la mémoire et de la sémantique qui au fil de l'histoire et des approches, se contredisent, se falsifient et se transforment.

 

 

Là où la transgression des règles et des normes fait figure aujourd’hui d’œuvre de liberté, il est étonnant et heureux de questionner l’interdit (« l’inter-dit ») dans sa signification inusitée de symbole du respect de l’autre. Et de s'interroger alors : Si l’interdit est transgressé, cette transgression ne révèle-t-elle pas une tentative d’annihilation de l’autre ?

 

Un beau texte, une belle interrogation sur le sens de la vie, joués avec la simplicité du partage. L’altruisme et l’humanité prennent racines au-delà de toute croyance nécessaire dans le désir d’une reconnaissance de l’identité humaine, d’une quête de prise de conscience de soi, des autres et de notre rapport au réel.

 

L’adaptation et la mise en scène de François Rancillac apportent l’épure indispensable à l’entreprise, soignant une théâtralité simple mais impliquante. Les quatre comédien·ne·s Danielle Chinsky, Daniel Kenigsberg, Frédéric Révérend et François Rancillac (ce soir-là) s’y prennent à merveille, avec adresse et conviction. Nous sommes parmi eux et à chaque instant happé·e·s par leurs échanges.

 

Un spectacle qui fait appel à l’intelligence du public, le baignant dans des émotions de découverte et de questionnement. Un moment mémorable, simple et riche, dont on sort heureux.

 

 

 

D’après La Divine origine : Dieu n’a pas créé l’homme de Marie Balmary (Ed. Grasset & Fasquelle - Livre Poche). Adaptation et mise en scène de François Rancillac.

Avec Danielle Chinsky, Daniel Kenigsberg, Frédéric Révérend et en alternance François Rancillac ou Fatima Soualhia Manet.

 


Du mardi au samedi à 20h00 et le dimanche à 16h00

Cartoucherie, route du Champ de Manœuvre, Paris 12ème

01.43.74.72.74  www.theatredelaquarium.com

 

- Photo © Patrick Berger -

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