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Francis Hardy, le fantastique Guérisseur, sillonne les routes de Grande-Bretagne, accompagnée de son épouse Grace et de son imprésario Teddy, dans leur camionnette aussi vieille que les croyances qu’ils tentent de réactiver chaque soir dans la démonstration spectaculaire de guérisons promises avec emphase, qui réussissent ou pas.

 

Peu s’en faut, là ne semble pas être ce qui anime Franck Hardy, Francis le Guérisseur !... Guérir ou séduire, oui bon, cela compte-t-il vraiment pour lui ? Jusqu’au jour peut-être où cela comptera finalement.

 

Sur les plus arides routes de campagne les menant aux plus ingrats villages reculés, ils vont à la rencontre de leurs publics, de leurs proies, de leurs gagne-pains. Des gens hostiles, crédules et innocents, qui veulent croire que si la justice les a oubliés, seule une action divine ou magique pourrait les réparer ou les sauver.

 

C’est sur cette toile de fond que Brian Friel écrit en 1980, une impressionnante histoire de vie. Celle d’un homme perdu dans ses illusions, dans une approche floue de sa propre conscience de soi. De son image changeante, de son sentiment de compétences imprécis, de son estime de soi chancelante et tout à coup sublimée.

 

Une personnalité à l’élégance d’un fou séduisant, singulièrement troublante tant elle est troublée aux confins de ses rêves, de sa perception imprécise du réel, de la confusion entre son désir de plaisirs et la nécessité de survivre dans cette réalité qu'il méprise, dont il rit comme il rit de lui-même et des autres.

 

Le récit est conté de trois points de vue différents dans une dramaturgie surprenante et prenante à la fois. Franck puis Grace et Teddy vont tour à tour raconter ce qui s’est passé dans ces moments partagés en commun, jusqu’au dernier, l'ultime, l’apothéose.

 

Le texte rebondit sur les trois regards des trois réalités vécues. Sur les trois expériences décrites avec exaltation, qui n’ont de commun que l’admiration, la dévotion ou l’amour pour Franck ou Francis, sa fougue à transformer la réalité, sa fugue permanente vers un ailleurs inconnu, jusqu’au bout du possible.

 

La mise en scène de Benoit Lavigne déroule le récit sans marquer de césure, comme une conversation que les trois personnages entreprendraient avec nous. Nous laissant juges de comprendre, de ressentir et de s’émouvoir. Fluidité et profondeur ressortent. Souffrance et joie aussi.

 

La distribution impressionne dans chacun de ces soliloques émus et brulants de passions fortes et de meurtrissures profondes. Thomas Durand (ce soir-là), Bérangère Gallot et Hervé Jouval jouent avec une intensité saisissante.

Un spectacle à la profondeur envoutante d’un récit passionnant à trois voix. Un personnage fantastique tant il est fanatique. Un texte riche et audacieux, trop peu joué. Je recommande vivement cette perle théâtrale.

 

 

Une pièce de Brian Friel. Texte français de Alain Delahaye. Mise en scène de Benoît Lavigne. Collaboration Artistique de Sophie Mayer. Décor et costumes de Tim Northam. Musiques de Michel Winogradoff. Lumières de Denis Koransky.

Avec Xavier Gallais ou Thomas Durand, Bérangère Gallot et Hervé Jouval.

 


Du mardi au samedi à 19h00

53 rue Notre-Dame-Des-Champs, Paris 6ème

01.45.44.57.34 - www.lucernaire.fr

 

- Photo © Karine Letellier -

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