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Un spectacle à la profondeur saisissante et dérangeante des dernières illusions de vie, celles où la vieillesse voisine avec la décrépitude, où la sénilité joue avec la démence. Une longue descente dans les abimes de l’oubli, avec les souvenirs qui sursautent, comme pour hanter ceux qui restent, les préparer à leur tour à l’inéluctable fin.

 

C’est un petit groupe de vieux. Un couple, des femmes et des hommes, seuls ou devenus célibataires à force d’avoir vu la mort faucher autour d’eux. Puis il y a Marilyn aussi, jeune attardée mentale que sa mère surveille sans amour. Un petit groupe habitué pareillement à de courtes vacances estivales chaque année, au soleil d’un pays éloigné mais pas trop, ils ne sont pas bien riches.

 

Nous les voyons toujours sur la plage, cherchant un repos las, divaguant en soliloques ou houspillant avec hargne et résignation celle ou celui qui trouble leur vide. Depuis si longtemps qu’elles et ils se retrouvent chaque été dans cet hôtel, ils ne semblent pas se reconnaitre, le vouloir ou le pouvoir.

 

Ils restent souvent assis devant la mer, d’une impassibilité aux apparences tristes et morbides où la joie se cache et le bonheur aussi. Des paroles surgissent par jet de leur mémoire, mélanges de réminiscences, de peurs, de désirs anciens et de frustrations. Ils se comptent sans cesse pour repérer qui manque. Qui n’est plus. Qui ne sera plus parmi eux pour conter les souvenirs comme on compte le temps qu’il reste.

 

Souvent, le silence plane et baigne les personnages sans qu’aucun propos ne soit à découvrir dans un double-fond muet. Un compagnon des moments vains, dénués de sens et de sentiments, suspendus dans le récit pour nous laisser le remplir avec un peu de nous-même, de nos appréhensions et de nos propres expériences.

 

Cette pièce du dramaturge suédois Lars Norén est une création mondiale, écrite spécifiquement pour la troupe de la Comédie-Française, pour ces comédiennes et comédiens-là notamment.

 

Lars Norén, signe un texte fort et voluptueux à la fois, âpre, doux presque tendre. Comme une ode à la fin, un hymne au départ, un chant d’amour à la mort qu’on attend. Sensation d’oppression devant ces fins qui se conjuguent ou se hérissent et sentiment de soulagement à la fois.

 

Le travail de Lars Norén, à l’instar de Strinberg, Tchekhov, Ibsen ou Lagarce, contribue à l’approche des sujets théâtraux centrés sur la personne, l’évolution et les aléas des parcours de vie, les affres des détours de personnalités tourmentées, l’insupportable vacuité du quotidien et de la temporalité de l’existence.

 

Jeux impressionnants de vérité. Une incroyable sérénité se dégage des personnages. Quand bien même l’impatience se mêle à l’attente et l’espérance à la soumission, les derniers moments de leurs vies juste avant la poussière, qui se liquéfient devant nous, sont joués avec la finesse élégante d’un simple au-revoir. C’est grandiose. Du très grand art.

 

Un spectacle majeur. Une extraordinaire épopée ultime qui nous cueille dès le début et nous tient en haleine jusqu'au bout, nous laissant touchés par l’émotion, la tête à nos pensées.

 

 

Une pièce de Lars Norén (publiée chez l’Arche éditeur). Mise en scène de l’auteur. Traduction de Aino Höglund. Traduction et collaboration artistique de Amélie Wendling. Scénographie de Gilles Taschet. Costumes de Renato Bianchi. Lumière de Bertrand Couderc. Son de Léonard Françon. Travail chorégraphique de Glysleïn Lefever.

Avec les comédiennes et les comédiens de la troupe de la Comédie-Française : Martine Chevallier, Anne Kessler, Bruno Raffaefli, Alain Lenglet, Françoise Gillard, Christian Gonon, Hervé Pierre, Gilles David, Danièle Lebrun, Didier Sandre et Dominique Blanc,

Les comédien·ne·s de l’académie : Matthieu Astre, Juliette Damy, Robin Goupil et Alexandre Sorderet.

Et en alternance : Maxime Alexandre, Margaux Guillou et Rosalie Trigano.


Voir sur le site le calendrier des représentations en alternance

Place Colette, Paris 1er

01.44.58.15.15 - www.comedie-francaise.fr

 

- Photo © Brigitte Enguérand, coll. Comédie-Française -

- Photo © Brigitte Enguérand, coll. Comédie-Française -

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