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Deux pièces courtes de Jules Renard, écrites en 1897 et 1898, qui interrogent avec ironie et dérision la fidélité et l’adultère comme le rapport entre l’amour courtois et la passion charnelle dans la bourgeoisie de la fin du 19ème siècle.

 

Dans LE PLAISIR DE ROMPRE, Blanche et Maurice se retrouvent une dernière fois, pour sceller leur rupture, avant que leurs mariages n’effacent tout à fait les traces de leur relation. Comme il est difficile à Maurice de rompre ainsi ! Le remords et le désir bataillent et secouent le pauvre homme de soubresauts autant nostalgiques que vains.

 

« Les amants ne valent que par les souvenirs qu’ils se laissent » dit Blanche.

 

Blanche ne plie pas, elle rompt ! Avec douceur, avec tendresse presque, comme pour garder encore un peu et peut-être enfouir, le plaisir d’avoir aimé. Y-a-t-il des ruptures de raison comme il y a des mariages de raison ?

 

Dans LE PAIN DE MÉNAGE, Marthe et Pierre se retrouvent seuls sur la terrasse. L’époux de l’une dort et l’épouse de l’autre veille leur enfant. Ils sont tous les deux heureux en ménage. Mais Pierre semble s’émoustiller plus vite qu’il ne sied et entreprend un flirt avec Marthe. Pierre verrait bien une envolée secrète, une échappée rapide et furtive. Pour changer le fil du temps, pour se délasser de l’ennui… Le mariage oui, mais quand même…

 

« Un congé, un congé renouvelable de temps en temps. On n’a même pas ses dimanches. Je n’en peux plus » dit Pierre

 

Mais Marthe, ravie de ravir, se reprend et ne cède rien. Marthe plie mais ne rompt pas.

 

Bien tourné, le texte de Renard, fait sourire et rire bien sûr. Il est toutefois particulièrement implacable dans les démonstrations des rouages de la séduction perfide, de la domination masculine qui se fait rabrouer et de la morale liberticide qui place le devoir du mariage avant le désir et la passion.

 

« Venez, je suis las de ne pouvoir qu’aimer. J’ai besoin d’adorer. » dit Pierre

 

La sagesse est-elle prison tant l’adultère est proscrit ? Le devoir doit-il prévaloir au plaisir ?

 

La mise en scène de Joël Coté donne au texte toute son importance. Légèreté et simplicité des mouvements et des jeux semblent fonder son parti-pris pour montrer les frustrations et les tourments des personnages, ce qui se joue entre eux.

 

Morad Tacherifet donne une mélancolie appuyée aux deux amoureux avec une timidité qui étonne, surtout dans les éclats passionnels. Voici un amant agité mais prudent et prude.

 

Hélène Phénix joue finement la détermination des deux femmes comme la fragilité de leurs sentiments éprouvés par les avances qui les assaillent. Son interprétation incarnée avec vigueur et sensibilité est savoureuse.

 

Un joli spectacle pour (re)découvrir l’acuité et l’efficacité des textes de Jules Renard.

 

Deux pièces de Jules Renard. Mise en scène de Joël Coté. Avec Hélène Phénix et Morad Tacherifet.


Les vendredis et samedis à 19h30

6 rue de la Folie Méricourt, Paris 11ème

01.43.55.14.80 www.folietheatre.com

 

- Photo © compagnie l'Heur du T -

- Photo © compagnie l'Heur du T -

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