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Lilith est une femme en quête d’amour permanent, sincère et vif. Un amour entier pour concrétiser ses désirs et assouvir sa jouissance qu’elle veut totale et intacte, toujours et encore.

 

Une quête permanente du plaisir à vivre sa vie, telle qu’elle le souhaite, se conjugue à sa revendication insatiable d’une émancipation pérenne. Une quête et un combat qui symbolisent la brisure des chaines, la levée des interdits et des tabous, l’écart des jougs des prescriptions éducatives et sociales comme des injonctions de la morale qui lui ont été inculqués, qu’il lui est si difficile de ne pas reproduire à son corps défendant.

 

Ce voyage qu’elle propose à Adam n’est pas un simple week-end en amoureux, anodin et idyllique. Son but n’est clair que pour elle. Un voyage édifiant comme un parcours d’obstacles inédit qui permettra à l’une comme à l’autre d’éprouver ses failles, de les confier pour les rendre audibles aussi pour soi-même.

 

Heurts et confrontations, délivrances de confidences qui surprennent et font mal, aucun détail de leur vie amoureuse, des sentiments et des plaisirs partagés ne sera épargné à la franchise d’une parole implacable et crue, simplement vraie. Les joies partagées n’auront-elles été que volages ? Quand la sincérité des échanges comme des relations sexuelles a-t-elle commencé à fléchir ?

 

Les propos de Lilith et Adam, directs, francs et impudiques interrogent les questions de la condition féminine, de la domination masculine, de la socialisation genrée et de la culture sexuée. Où placer son plaisir ? Dans l’amour ardent qui passionne et qui, devenu raisonnable, atteint une forme de conformité ? Dans la sexualité libérée, saine et jouissive, qui compense et transgresse ?

 

Et qu’en est-il des violences sexuelles vécues ou des peurs de devoir les vivre ? Est-ce cela qui maintient un état de veille, de révolte inassouvie tant elle devient symbolique ?

 

Les mots de Lilith et d’Adam nous parlent de tout cela. Les mots de Lilith et d’Adam nous font ressentir et réfléchir ce qui est partagé, ne pouvant nous empêcher de faire nôtre ce « road movie électrique ».

 

La mise en scène de Lee Fou Messica préserve tout le long une intransigeante intimité entre les personnages, permettant aux propos de percuter la pensée, de toucher la sensibilité, de vivre ce périple avec eux. Seules les images projetées des routes qu’ils empruntent viennent s’ajouter aux situations.

 

Le texte de Laetitia Lambert et Cédric Romain est remarquable dans sa fluidité et dans l’importance des sujets qu’il aborde. Corrosif et direct, cru et émouvant.

 

L’autrice Laetitia Lambert interprète Lilith avec une puissance de jeu incroyable, une sincérité véritable qui nous interpelle tout à fait. Fabrice Michel joue Adam, troublant lui aussi par l’intensité qu’il donne à son personnage, à ses doutes, à ses blessures et à ses réflexions. Le duo fonctionne dans une tension permanente ténue et nourrie qui se relâche par moments quand l’affect s’emparent d’Elle et Lui. François Vignaux, évanescent à souhait, est le discret autostoppeur qui sème par sa présence et ses propos l’improbable incertitude du doute.

 

Un spectacle captivant, un texte exceptionnel et des jeux d’une vérité époustouflante. Je recommande vivement.

 

Une pièce de Laetitia Lambert avec la complicité de Cédric Romain. Mise en scène de Lee Fou Messica. Conseil dramaturgique de Christine Michel-Schweitzer. Scénographie de Noëlle Ginefri. Lumières du Gilles Gaudet.

Avec Laetitia Lambert, Fabrice Michel et François Vignaux.


Du mardi au samedi à 19h30

3 rue des déchargeurs, Paris 1er

01.42.36.00.50 www.lesdechargeurs.fr

 

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