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Maurice veut échapper à la vie. Il choisit de se rendre au quai Ouest, accompagné par Monique, pour se jeter à l’eau. Il connait cet endroit qu’il a connu il y a longtemps. Il ne le reconnait pas dans ce qui est devenu un antre glauque, entre no man’s land et déchetterie abandonnée, dédié à la nuit permanente comme une antichambre de l’enfer.

 

Trouvera-t-il la mort souhaitée ? Trop tôt pour le savoir. Il devra d’abord plonger dans les bas-fonds d’un monde interlope où réfugiés et délinquants tentent de survivre en s’armant de violence. Une famille de migrants, venue en bateau de leur lointain ailleurs, semble imposer sa loi ici, aux côtés des deux autres interlocuteurs que croisera Maurice, toujours flanqué de Monique.

 

Cette pièce de Bernard-Marie Koltès, créée en 1986, raconte une histoire fantasmagorique et glauque, confrontant deux mondes, les nantis et les bannis, opposant le désespoir radical à l’ardente et sauvage quête de réussir sa survie, juxtaposant l’étrange et le familier.

 

« De l’autre côté là-bas, c’est le haut, ici, c’est le bas, le plus haut qu’on montera, de toute façon, on ne sera jamais que le haut du bas. »

 

D’une écriture ciselée à l’abattage tenace, Koltès remue avec force ses thèmes récurrents. Les relations ambiguës et manipulées, les différents habits de la mort qui plane, la peur de souffrir, l’impossible bonheur, l’errance. Et toujours cette opposition des contraires qui fait souvent le lit de sa dramaturgie : La misère et la richesse, le maitre et l’esclave, le désir d’amour et le rejet d’aimer, l’identité reconnue et la reconnaissance déniée.

 

« Regarde les autres : tous ils sont partis, tous ils se font du pognon ailleurs, autrement. C’est pour cela qu’on ne rêve à rien, moricaud : ce n’est ni ta faute, ni la mienne, on est mal nés et c’est tout. »

 

La mise en scène de Philippe Baronnet est spectaculaire tant elle est truffée d’effets mais elle étire sans doute trop les scènes et leurs entre-deux, ne permettant pas une fluidité au récit et une prégnance suffisante à l’atmosphère évoquée par les situations. Le choix du clair-obscur quasi permanent, s’il permet de belles images, semble alourdir l’ensemble et rend l’attention tendue pour suivre le texte que l’on perd par moments.

 

Toutefois, nous retrouvons tout à fait l’esprit de la pièce de Koltès grâce aux jeux d’une précision, d’un engagement et d’une intensité remarquables des comédiennes et des comédiens Louise Grinberg, Félix Kysyl, Marc Lamigeon, Erwan Daouphars (ce soir-là), Marie-Cécile Ouakil, Teresa Ovidio, Vincent Schmitt et Marc Veh. Que ce soient le trouble et la colère, la désespérance et le machiavélisme, la douleur et le déchirement, chaque rôle est servi avec brio.

 

Une pièce rude et captivante, un spectacle détonant aux lenteurs exigeantes et une distribution impeccable. Au final, un « Koltès » réussi.

 

 

 

Une pièce de Bernard-Marie Koltès. Mise en scène de Philippe Baronnet. Scénographie de Estelle Gautier. Lumières de Lucas Delachaux. Son de Julien Lafosse. Costumes de Irène Bernaud assistée de Hortense Gayrard. Dramaturgie de Marie-Cécile Ouakil.

Avec Louise Grinberg, Félix Kysyl, Marc Lamigeon, Julien Muller en alternance avec Erwan Daouphars, Marie-Cécile Ouakil, Teresa Ovidio, Vincent Schmitt et Marc Veh.


Du mardi au samedi à 20h00 et le dimanche à 16h00

Cartoucherie, route du Champ de Manoeuvre, Paris 12ème

01.43.28.36.36 www.la-tempete.fr

 

- Photo © Théâtre de la Tempête -

- Photo © Théâtre de la Tempête -

- Photo © Victor Tonelli -

- Photo © Victor Tonelli -

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