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L’univers de Jean-Luc Lagarce, univers si particulier, est superbement rendu dans ce spectacle qui s’impose comme une évidence tant le texte est donné ici avec une savoureuse et ravageuse précision.

Les tensions entre les personnages se marient avec les affections qui les lient. Les blessures du passé ressurgissent, dites ou retenues. Les sentiments explosent ou implosent, sublimant les situations et les personnages, entremêlant la chaleur vibrante presque douce des retrouvailles et l’aigreur de ce retour impromptu et redouté.

Ce texte, écrit en 1990, traite des thèmes chers à l’auteur sur le retour et l’aveu, la reconnaissance et le renoncement. La parole y est cocasse et cassée, toujours ciselée et parfois cynique. Elle scalpe le réel et se suspend de silences, parle comme une urgence, trébuche sur le propos et hâte l’écoute. 

Dans cette pièce, et le spectacle le rend bien, nous retrouvons la langue de Lagarce, délicate ou brutale, délicieuse et iconoclaste. Elle communique autant qu’elle se célèbre elle-même. Une œuvre à la poésie tourmentée par ses phrases longues nourrissant avant tout des monologues où se mêlent accentuations, redondances et répétitions. 

Le retour de Louis, revenu dans sa famille pour s’expliquer enfin et repartir après un ultime adieu se conjugue avec ces instants bizarres qu’on appelle les bons et ici surtout les mauvais moments d’un dimanche familial. Ceux où la famille retrouvée se délivre de ses frustrations et de ses privations, parsemées de non-dits. Ceux où le don de soi ne peut pas s’échanger contre le pardon et l’oubli. 

Est-ce un retour véritable et expiatoire ? Une nouvelle tentative de fuite en avant qui ne dévoilera rien ? Une pensée fantasmée aux allégories dominantes et morbides ? 

La mise en scène de Jean-Charles Mouveaux et la subtile scénographie de Raymond Sarti impriment des images sur le plateau et nous montrent des personnages qui évoluent et parlent pour eux-mêmes autant que pour les autres. L’onirisme du texte se mêle au réalisme éthéré, cruel et si vrai.

La distribution est impressionnante de vérité, de crudité et de simplicité mêlée de trouble. Les émotions nous parviennent en force. Meurtrissures du passé et doutes du présent, remords et espoirs, rancœurs et ressentiments, culpabilités et résignations. Chacun des personnages est incarné avec brio par Vanessa Cailhol (ce soir-là), Philippe Calvario, Jil Caplan, Jean-Charles Mouveaux et Chantal Trichet.

Nous voyons et ressentons combien tous les membres de cette famille sont rongés par ce retour qui réactive le sentiment d’abandon. Combien et comment ils l’assument jusqu’à le crier pour tenter d’en abstraire ou d’en taire la douleur. Un fichu beau travail d'interprétation.

Un très beau Lagarce dans un très bel ouvrage que ce spectacle impressionnant, touchant et captivant, finement et intensément joué. Une des dernières pépites du Studio Hébertot. Je recommande vivement.

 

De Jean-Luc Lagarce. Mise en scène Jean-Charles Mouveaux assisté de Esther Ebbo. Scénographie Raymond Sarti. Lumière Ivan Morane. Costumes Michel Dussarrat.

Avec Vanessa Cailhol ou Esther Ebbo, Philippe Calvario, Jil Caplan, Jean-Charles Mouveaux et Chantal Trichet.

 

 

 

Du jeudi au samedi à 21h00

 

78 bis boulevard des Batignolles, Paris 17ème

 

01.42.93.13.04 www.studiohebertot.com

 

- Photo © Chantal Depagne-Palazon -

- Photo © Chantal Depagne-Palazon -

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