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Avons-nous bien vu au début, à peine plongés dans le noir, et entendu surtout, cet auto-stoppeur raconter avec un calme cynique comme un psaume post mortem à la voix d’outre-tombe, la fois où une conductrice le prit dans sa voiture ?

 

Ce qu’ils se dirent et ce qu’ils firent alors ensemble, ce qu’il marmonnait seul ensuite ?

 

Est-il bien le gars que l’on retrouve plus tard débarquant dans l’appartement de Max et Alan ?

 

Oui sans doute, c’est bien Dick qui revient de la guerre ou de l’enfer, poussant devant lui ce qui semble être sa folie et trainant derrière lui les horreurs qu’il a en tête, semblant à la recherche des traces apaisantes de son passé. 

 

D’une cruauté vive et crue, la violence manifeste de cette pièce de Antony Neilson, dramaturge et cinéaste irlandais contemporain, nous percute de plein fouet sans nous épargner, nous baignant dans un univers où le doute voisine avec la fiction, la réalité avec le cauchemar.

 

Mais qu’est-ce qui relie ces trois personnages, qu’est-ce qui les troublent ainsi et pourquoi le sommes-nous aussi ?

 

Nous sommes captivés du début à la fin, tentant de comprendre ce qui pourrait faire sens dans tout ça, submergés de sensations et d’émotions variées, passant de la peur à la compassion, de la colère à la hargne, de la sensualité à la répulsion.

 

Considéré comme un des auteurs du théâtre « In yer face » ou « In face » ou encore « Dans ta gueule », Neilson à l’instar de Sarah Kane, Mark Ravenhill ou Denis Kelly entre autres, marquent les années 1990 et 2000 de pièces aux textes impertinents et insolents, provocateurs et agitateurs, dans la veine du théâtre cher à Artaud où la cruauté est un ressort dramaturgique essentiel.

 

Un théâtre qui jongle avec la dénonciation sociale et politique, le sexe, la drogue et surtout la violence. Un théâtre qui voue à la liberté d’expression une dédicace permanente et qui s’avère particulièrement savoureux de son irrévérence et de son élégance de l’abjection quand il est bien écrit, comme ici assurément.

 

La mise en scène de Olivier Sanquer ne donne aucun faux-semblant au texte. Sans artifice ajouté mais avec la précision des gestes, des regards et des postures, les propos ressortent en force et éclatent devant nous et en nous avec une redoutable efficacité.

 

Bien sûr, pour donner tout cela justement, sans pathos ni surjeu, il vaut mieux que les comédiens incarnent avec tenue les trois personnages et maitrisent leurs propres émotions pour laisser les nôtres émerger et les ressentir pleinement. Mission accomplie. Axel Arnault, Maxime Peyron et Alexandre Simoens jouent avec brio ce texte pas si simple. Un très beau travail d’interprétation, vraiment saisissant. Chapeau bas !

 

Ce type de théâtre est trop peu souvent joué pour rater cette occasion.

 

Un petit bijou théâtral à ne surtout pas manquer, pour le texte, la mise en scène et surtout la distribution. Attention les deux dernières ont lieu le week-end prochain ! Je recommande vivement.

 

Spectacle vu le 24 juin 2018,

Frédéric Perez

 

 

 

Une pièce de Anthony Neilson. Traduction de Fabienne Maître. Mise en scène de Olivier Sanquer.

 

Avec Axel Arnault, Alexandre Simoens et Maxime Peyron en alternance avec Frédéric Alves.

 


À partir du 21 septembre

Les vendredis et samedis à 21h30

30 rue Keller, Paris 11ème

01.47.00.88.01 www.pandorabastille.com

 

- Photo © Anouk Rapaport -

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