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Une pièce étonnante, troublante et caressante à la fois. Henri Courseaux se fait conteur, malicieux et espiègle comme un doux-dingue attachant, et signe une pièce véritablement surprenante, aux délices agréables de l’iconoclaste récit d’une relation improbable et pourtant vraisemblable, charmante et douce.

 

Un récit qui nous tient en haleine et en émotion tant il se sert, le perfide, des génies de la création qui s’amourache volontiers des fantasmes et des folies de celle ou celui qui tient la plume.

 

Et si ? … Léon Brémont, écrivain vieillissant, primé au Goncourt il y a longtemps, était assis dans la terrasse fermée de la gare d’Austerlitz, en partance pour Toulouse. Son regard serait attiré par Colette, non ! Madeleine (« Colette » est déjà pris). Il éprouverait alors une vive attraction pour cette jeune femme qui attend elle aussi un train pour Toulouse, assise devant un café. Oh et puis non… Enfin… Ensuite… Ah décidément, comment le dire, le montrer, le jouer ?

 

Léon et Madeleine, la fille de Léon, son épouse et puis aussi Vladimir, l’amoureux de Colette (enfin Madeleine)… et l’éditeur de Léon… et le médecin… Tout ce petit monde vient nous entreprendre et nous surprendre, nous faisant croire un temps que le récit né de la tendresse de cette rencontre initiale, cette tendresse à quai, fera les merveilles d’une affection qui frisotte d’amour. Puis non, nous devinons que les choses de cette vie-là ne sont pas si simples à dire, à écrire, à illustrer d’images, à jouer…

 

Les fils de l’interdit et du doute se tendent, fragiles et ténus. Jusqu’à repousser au plus loin l’attraction d’un vieil homme pour une jeune femme, pour ne pas sombrer, pour ne pas confondre, pour ne pas se laisser prendre aux sortilèges des transferts. Mais aussi à la crainte de ne pas réussir sa tâche, de louper son début, de ne pas trouver la fin.

 

Quand le doute assaille l’écrivain, qu’advient-il de son écrit, de son imaginaire, de sa liberté de dire ses pensées, ses rêveries et ses envies ? Au risque de se dévoiler trop, de découvrir ses peurs au regard des autres, jusqu’à passer au crible de la dérision et de l’ironie tous les repères qui étayent son travail : l’argument, le passé et le présent des personnages. Jusqu’à prévoir les critiques qui suivront la publication du livre ou la création de la pièce !

 

Mais comme elle est savoureuse cette poétique de l’amour qui croise les obstacles de la véracité. Comme il est bon d’assister à ce pas de deux amoureux qui ne dit pas son nom. Comme elle est tendre cette caresse de l’illusion affective qui transgresse les affres de la vie qui va, de l’abandon et de la séparation.

 

La mise en scène de Stéphane Cottin est précise, délibérément centrée sur les personnages. Elle nous montre avec ce qu’il faut d’onirisme et de complicité ce qui fonde cette relation entre cet homme et cette jeune femme. Nous sommes pris et ravis par la magie de ce conte aux allures de rêve éveillé.

 

Henri Courseaux joue avec élégance et un enthousiasme truculent et ravageur. Marie Frémont nous touche, elle sait être vibrante et vive, accablée ou revancharde, selon les personnages et les situations. Les deux forment un duo brillant et prenant. Chapeau bas !

 

Un spectacle malin, drôle et tendre qui nous enveloppe dans une étreinte rieuse et douce. Voici une surprenante petite perle de la rentrée !

 

 

Spectacle vu le 30 août 2018,

Frédéric Perez

 

De Henri Courseaux. Mise en scène et scénographie de Stéphane Cottin. Lumière de Marie-Hélène Pinon. Son de Michel Winogradoff. Chorégraphie de Jean-Marc Hoolbecq. Costumes de Chouchane Abello Tcherpachian.

Avec Henri Courseaux et Marie Frémont.

 

Du mercredi au samedi à 21h00 et le dimanche à 14h30

78 bis boulevard des Batignolles, Paris 17ème

01.42.93.13.04 www.studiohebertot.com

 

- Photos © Norbert Gabriel -

- Photos © Norbert Gabriel -

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