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Un spectacle étonnant qui délivre une sorte toute particulière de tendresse veloutée et onirique se rependant avec des précautions infinies parmi les personnages et les situations, malgré la puissance et la violence du texte des Tolstoï et la vivacité tonique et crue de la musique de Beethoven. Celle de Schumann puis celle de Silvestrov viendront apporter le répit du repos propice au silence du repentir.

 

Un texte en écho à la musique. Une musique en prise avec le texte. On ne sait pas au juste qui nous touche le premier mais c’est certain, chacun fait mouche.

 

Drame de la jalousie, d’un amour trop intense qu’il en devient passionnel ou éloge de la chasteté, de la retraite de tous plaisirs charnels au motif de prier pour la rédemption du genre humain ?

 

La Nouvelle de Tolstoï ne laisse de nous interroger sur la notion de faute voire de rachat du péché de chair.

 

Mais le texte ne va pas non plus sans questionner ce qui fonde l’aversion psychopathologique de certains hommes pour les femmes. Femmes-symboles. Symboles du désir et de l’addiction au sexe, de la sublimation de la maternité bienfaitrice, des liens spécieux mais existentiels tissés par l’homme avec l’amour perdu de sa propre mère pour l’enfant qui est devenu adulte.

 

Cette Nouvelle fit grand bruit à sa publication en 1889 et s‘inscrit dans une période de découvertes d’aspirations et d‘inspirations du grand écrivain, où le doute le ronge et ses écrits le reflètent, laissant entrevoir un humanisme déçu, un Tolstoï anarchiste mystique chrétien.

 

Lors d’un voyage de plusieurs jours en train, le narrateur est dans un compartiment avec trois personnes. Parmi eux, un homme aux cheveux blancs se joint à la conversation et prétend que l’amour n’existe pas, qu'il s’agit tout au plus d’une attirance physique qui ne dure pas. Puis il se présente, il s’appelle Pozdnychev et il a tué sa femme.

Pozdnychev raconte au narrateur sa vie. Il a commencé à fréquenter les prostituées alors qu’il n’avait pas encore seize ans. À trente ans, il se considère comme un fornicateur mais, n’ayant pas abandonné l’idée de se marier, il choisit la jeune fille la plus pure qu’il puisse trouver. La lune de miel est un échec après trois jours et « l’épuisement de la sensualité ». Sa femme se retrouve enceinte immédiatement, elle aura cinq enfants en huit ans.

Pozdnychev présente à sa femme Troukhatchevski, un excellent joueur de violon. Justement elle s’est remise depuis peu au piano. Tous deux joueront la sonate à Kreutzer de Beethoven.

L’adaptation théâtrale de Irina Dečermić est savoureuse et riche. Alliant la musique avec des extraits du journal de Sofia l’épouse de Tolstoï, qui s’entremêlent avec des écrits choisis de la « La Sonate à Kreutzer ».

 

La Nouvelle apporte un récit fictionnel, les extraits du journal de Sofia des résonances biographiques et les musiques des ponctuations ou des oppositions qui colorent le spectacle et nous fait tanguer en permanence entre vraisemblance et vérité, entre poésie et histoire de vie.

 

Les musiciennes Irina Dečermić au piano et Tijana Milosevic au violon offrent des jeux précis, d’une belle musicalité et à l’ampleur manifeste. Jean-Marc Barr joue avec une intensité et une sensibilité troublantes. Il nous emporte aisément dans les affres et les pensées de ce texte imposant, audacieux et magnifique.

 

Oui, un spectacle étonnant, d’une beauté simple et touchante, qui surprend par son propos et sa facture, nous envoutant presque de ses textes entremêlés et des musiques qui cheminent autour.

 

 

Spectacle vu le 27 septembre 2018,

Frédéric Perez

 

 

 

D’après la nouvelle de Léon Tolstoï et des extraits du journal de Sofia Tolstoï. Adaptation de Irina Dečermić et Jean-Marc Barr. Mise en scène de Goran Sušljik. Costumes et création sonore de Irina Dečermić.

 

Musiques : Sonate pour piano et violon n°9 en la majeur, op. 49, dite Sonate à Kreutzer de Ludwig van Beethoven ; Scènes d’enfants, op. 15 de Robert Schumann ; Chansons silencieuses pour voix et piano - poème de Pouchkine : Route d’hiver de Valentin Silvestrov. Interprétées par Irina Dečermić au piano et Tijana Milosevic au violon.

 

Avec Jean-Marc Barr, Irina Dečermić et Tijana Milosevic.
 

 

Jusqu’au 7 octobre

Les mardis à 21h00

Du mercredi au samedi à 19h00 et le dimanche à 17h00

78 bis boulevard des Batignolles, Paris 17ème

01.42.93.13.04 www.studiohebertot.com

 

- Photos © DR -

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