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« In vino veritas », bien sûr !... L’auteur Ivan Viripaev décline les propos de l’ivresse jusqu’à la dernière goutte dans ce texte où les tableaux qui se succèdent donnent l’occasion à 14 personnages, en solo, en duo ou à plusieurs de donner libre court aux pensées qui ne réfléchissent pas avant de parler, à celles désinhibées des codes moraux et sociaux, qui livrent l’intime en pâture.

 

Un spectacle grandiose dans ses effets que Clément Poirée, de tout son soûl, ne se prive pas de mettre en scène avec finesse et une ardente fantaisie. Un spectacle cynique et provocant, précis et lumineux.

 

La tête nous tourne ou c’est peut-être le plateau, on confond. Les palabres en flux continu nous saoulent ou ce sont les personnages qui le sont, on doute. Ça explose, ça implose, ça rit et ça pleure. Les cris et les incantations se transforment en soliloques ou en implorations, c’est selon.

 

Que d’intensités d’émotions varient selon les degrés atteints pas ces ivresses-déesses ou ces ivresses-détresses, on ne sait pas, on ne sait plus. Où est le bien s’il est là, où est le mal si on le voit ?

 

Une kyrielle de situations sont remarquablement dessinées et incarnées, crédibles tant elles sont vraisemblables, celles de l’alcool qu’on imagine poussé à l’extrême des possibles et qui permet tout et avec force violence dans un lâcher-prise magistral et jusqu’au-boutiste.

 

Ravages de la norme, saccages de la bienséance, les personnages donnent à entendre tout ce que la liberté d’expression, une fois débridée et protégée dans son paradis artificiel, peut assouvir enfin. Elle vient alors percuter nos consciences, nos désirs et nos fantasmes. Les pulsions semblent devenir des désirs atteignables. La vérité devient autre, elle n’est plus celle de nos certitudes ou de nos croyances, mêmes divines, mais celle de nos craintes.

 

L’ivresse telle que nous la montre Viripaev interroge sans cesse le sens de la vie, de ce qui fonde l’existence, l’identité, le sexe, Dieu et la mort. Pour venir « in fine veritas » à rassurer les peurs dans le fait d’aimer, comme les enfants apeurés viennent chercher l’affection auprès de leur mère.

 

Que faut-il comprendre dans ce que nous dit le personnage de Gabriel : « Je ne boirai plus jamais mais je ne dessoulerai pas » Parole d’ivrogne, parole de sage ou parabole du désir ?

 

Malgré les nombreuses répétitions de ce texte bavard à l’excès (mais l’ivresse ne s’accompagne-t-elle pas toujours de répétitions et d’excès ?) le spectacle est prenant, les jeux percutants et admirablement interprétés par une distribution toute entière captivante.

 

John Arnold, Aurélia Arto, Camille Bernon, Bruno Blairet, Camille Cobbi, Thibault Lacroix, Matthieu Marie et Mélanie Menu, nous cueillent par leurs nuances et leurs palettes d’émotions superbement rendues. Un fichu beau travail d’interprétation.

 

Une pièce curieuse et intéressante, une mise en scène savoureuse et élaborée, une interprétation remarquable. Un spectacle réussi à voir sans hésiter.

 

 

Spectacle vu le 14 septembre 2018,

Frédéric Perez

 

 

 

De Ivan Viripaev. Traduction de Tania Moguilevskaia et Gilles Morel (éditions Les Solitaires Intempestifs). Mise en scène de Clément Poirée. Scénographie de Erwan Creff. Lumières de Elsa Revol assistée de Sébastien Marc. Costumes de Hanna Sjödin assistée de Camille Lamy. Musiques et sons de Stéphanie Gibert. Maquillages de Pauline Bry. Collaboration artistique de Margaux Eskenazi. Régie générale de Farid Laroussi.

 

Avec John Arnold, Aurélia Arto, Camille Bernon, Bruno Blairet, Camille Cobbi, Thibault Lacroix, Matthieu Marie et Mélanie Menu.

 

 

 

Du mardi au samedi à 20h00 et le dimanche à 16h00

Bord de scène le 16 septembre

Route du Champ de Manœuvre, Paris 12ème

01.43.28.36.36 www.la-tempete.fr

 

- Photo © Léna Roche -

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