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Un spectacle «théâtre-concert-performance » impressionnant.

« La silhouette d’une femme se détache de l’obscurité d’une sanisette. Elle, c’est Jaz, un corps puissant, sensuel, meurtri par le viol. D’une voix chaude et vengeresse, pleine d’une violence à peine contenue, elle raconte sa rencontre avec cet homme qui a fait basculer sa vie, et dont la voix refait brusquement surface. Victime et agresseur se confondent, jusqu’à ce qu’il n’en reste plus qu’un. »

 

Ce poème musical d’où sortent les cris de rage et de douleur de Jaz, femme meurtrie à jamais dans son corps, son identité et son histoire, envoute par ses phrases et ses séquences dans lesquelles dévalent les mots qui s'expulsent et s’embrasent avec les notes et les sons pour hurler la rage et dénoncer la souffrance.

 

Un spectacle-performance où la représentation vient servir le témoignage par une démonstration crue et cruelle. Dignité bafouée qui montre ses plaies ouvertes qui ne se refermeront pas. Indignation profonde ressentie face à cette inhumanité crasse que rien ni personne ne peut justifier ni admettre.

 

Ce moment nécessaire est avant tout spectaculaire. Alexandre Zeff y soigne une beauté artistique édifiante et manifeste, qui est telle qu’elle nous protège un peu des sensations et notamment du sentiment d’horreur. Nos émotions sont captées par l’esthétique du spectacle mais le message passe.

 

Le texte de Koffi Kwahulé est sublime. La vérité éclate sans aucune retenue, l’indicible s’échappe pour faire exploser la colère et entendre la douleur.

 

La chanteuse-comédienne Ludmilla Dabo, éblouissante par son jeu précis aux lisières permanentes du vraisemblable et par son chant puissant, grandiose et enveloppant, sert magistralement le texte. L’harmonie est totale avec le Mister Jazz Band. Un intense dialogue entre la parole et la musique fusionne et nous emporte.

 

Les sentiments de révolte et de compassion pour ce récit de vie brisée sont entiers et intactes tout le long. Le public touché est tendu vers l’écoute et l’observation comme un témoin sidéré. Les messages distillés par une interprétation brillante, avec beaucoup d’effets visuels et sonores, transportent les propos vers la pensée consciente et sans doute s'installent plus loin-profond.

 

Un spectacle imposant et étonnant. Un récit ravageur et monstrueux. Une interprétation majeure et impressionnante.

 

 

 

Spectacle vu le 8 octobre 2018,

Frédéric Perez

 

 

 

De Alexandre Zeff, texte de Koffi Kwahulé. Scénographie et création lumière de Benjamin Gabrié. Création sonore de Antoine Cadou et Gilles Normand. Composition musicale de Gilles Normand et Franck Perrolle. Arrangements du Mister Jazz Band. Costumes de Isabelle Beaudouin, Claudia Dimier et Laure Mahéo. Maquillage et coiffure de Léna Rogoff.

Avec Ludmilla Dabo et le Mister Jazz Band : Louis Jeffroy (Batterie), Arthur des Ligneris (Saxophone), Gilles Normand (Basse) et Franck Perrolle (Guitare).

 

 

Jusqu’au 20 octobre

Lundis, mardis, vendredis à 20h00 et jeudis, samedis à 19h00

17 boulevard Jourdan, Paris 14ème

01.43.13.50.50 www.theatredelacite.com

 

- Photo © Clara Pauthier -

- Photo © Clara Pauthier -

- Photo © Sébastien Marchal -

- Photo © Sébastien Marchal -

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