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Un spectacle troublant et prégnant, rieur par à-coup, profondément chargé d’émotions que la raison distille, interpellant l’intime et le social sans jamais montrer du doigt quelque chemin que ce soit.

 

Valentine est professeure de français de la 3èmeC d’un collège de province. Elle vient à Paris avec sa classe pour... Mais au fait, pourquoi vient-elle à Paris, pourquoi cette visite ?

 

Pour rencontrer Daniel avec ses élèves ? Pour se réfugier chez son frère Paul à Saint-Denis ? Pour fuir la relation avec Sven son époux ? Pour retrouver Manhattan, son ancienne élève, brillante mais qui se cache pour s’oublier ?

 

On ne sait pas, on devine, on espère, on résiste puis on admet.

 

Quelle que soit la raison, on comprend que Valentine est « passée à l’acte », comme la suite logique d’un trop-plein qui étreint au risque d’étouffer, comme on passerait à tabac sa propre image de soi pour lui extorquer une réaction, une rébellion, une réparation.

 

Daniel le migrant, symbole de la prise de conscience des adolescents de la classe, qui sont en quête de comprendre le monde qui deviendra le leur, aujourd’hui si inconnu, filtré par le regard des adultes protecteurs mais qui demain doit être à eux, propre, nettoyé, sensé de nobles idées et de belles raisons de vivre.

 

Paul, son frère, avec qui elle ne s’entend pas, qui se voue aux arts plastiques comme pour ne pas vivre complètement avec les autres, qui cherche son plaisir comme on assouvit une pulsion de vie. Paul qui voit sa sœur tout à coup autrement et pourtant si fidèle à son souvenir mais qui là non. Là, il ne peut pas.

 

Sven, le mari qui surgit, tout à sa confusion entre son métier de scientifique et sa conjugalité, sa parentalité. Sven qui tente de comprendre et d’expliquer mais qui là non. Là, il ne peut pas.

 

Et puis il y a Manhattan, cette jeune femme qui s’en fout, qui fuit tout mais qui, elle, semble comprendre la première ce qui se passe, ce qui s’est passé.

 

Comme un désespoir radical face à une exaspération ultime, à un épuisement mental et affectif, Valentine tente de retrouver du sens à sa vie en pensant agir pour le bien de l’autre, pour contribuer à une utilité sociale, pour s’affronter à l’impuissance. Elle se heurte et rebondit sur les faits d’actualité : les attentats terroristes de janvier à novembre 2015, la vacuité de la conscience écologique ou les incohérences manifestes de l’humanité face aux phénomènes de migrations.

 

Comme un baroud splendide et émouvant, l’action de Valentine nous confronte aux questions du pouvoir et des contre-pouvoirs de la pensée politique, de la perception de l’humanité dans la décision publique et dans la responsabilité citoyenne. Car elle l’a fait, oui, elle l’a fait. A-t-elle bien fait ?

 

Le texte de Pauline Sales égrène une dramaturgie adroite et efficace. Nous entrons sans nous y attendre dans un labyrinthe exalté où chaque salle ajoute à la peur, l’étrange sentiment de découvrir des néants qui s’accumulent et qui deviennent peu à peu des questions puis des réponses possibles. Répliques, monologues ou adresses au public ouvrent progressivement les voies de la parole souvent drôle de sa cocasserie cynique. Les situations nous tiennent en haleine et ne nous privent pas de rire et de sourire de leur humour radical tâtant parfois de l’abstrait ou de l’absurde.

 

La mise en scène de Pauline Sales et la scénographie de Marc Lainé et Stéphan Zimmerli apportent un réalisme doux et une beauté fugitive qui attirent notre regard et notre écoute dans une poétique du moment, bienvenue et bienfaisante, grâce à laquelle le tunnel de l’intrigue est en permanence éclairé et sa sortie certaine.

 

La distribution brille d’excellence. Vraiment. Nous sommes cueillis par les jeux de Gauthier Baillot (caustique, un rien pathétique et drôle Sven), Olivia Chatain (captivante et intrigante Manhattan), Anthony Poupard (magnifique et ironique Paul) et Hélène Viviès (époustouflante Valentine, toute en force et faiblesse savamment conjuguées). L’ensemble de la distribution est juste impressionnante.

 

Un spectacle intelligent et plein d’humour, fort et subtil de ses interrogations partagées sur le sens de l’acte et la notion d’humanité. Un perle théâtrale à ne surtout pas manquer.

 

 

Spectacle vu le 17 novembre 2018,

Frédéric Perez

 

 

 

Texte et mise en scène de Pauline Sales (texte publié aux Solitaires Intempestifs). Scénographie de Marc Lainé et Stéphan Zimmerli. Costumes de Malika Maçon. Musique de Fred Bühl. Lumière de Mickaël Pruneau. Construction du décor par Les Ateliers du Préau. Maquillage et perruques de Cécile Kretschmar.

 

Avec Gauthier Baillot, Olivia Chatain, Anthony Poupard et Hélène Viviès.
 

Jusqu’au 16 décembre

Du lundi au samedi à 20h30 et dimanche à 16h30

Cartoucherie, route du champ de manœuvre, Paris 12ème

01.43.28.36.36  www.la-tempete.fr

 

 

- Photo © Tristan Jeanne-Valès -

- Photo © Tristan Jeanne-Valès -

- Photo © Tristan Jeanne-Valès -

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