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Le plateau est plongé dans l’obscurité. On devine un fauteuil placé coté cour. De grandes tentures noires couvrent les trois murs du plateau. Seul est entrouvert un passage au fond, légèrement éclairé par un halo discret.

 

Dans un silence attentif et déjà tendu vers l’écoute, elle entre lentement, magnifique silhouette qui s’avance vers le bord, vers nous. Et là, alors que tout a déjà commencé, un court temps suspendu... puis elle parle.

 

Elle raconte sereinement, elle raconte amoureusement, elle raconte fougueusement. De pauses en éclats, elle illumine et irradie, nous touchant loin profond. Elle nous offre à voir ou à deviner l’intimité de cette femme meurtrie à jamais.

 

L’oubli de l’horreur. La quête de la souffrance nourricière du souvenir d’un amour qui revient sans cesse. La puissance de cet amour, celle de sa douleur intacte. Son humiliation. Sa solitude. Son désir. Elle dialogue longuement avec cet homme de l’au-delà. Elle soliloque aussi. Les propos sont intenses, troubles et troublés.

 

L’adaptation du texte de Marguerite Duras par Bertrand Marcos, comme sa mise en scène, nous confrontent directement avec cette femme, son irrémédiable déchirure, sa blessure qui ne guérit pas. Nous sommes touchés par cette stupéfiante histoire d’amour empêché, brisé mais dit, sur fond de cet impossible témoignage de l’horreur d’Hiroshima.

 

Fanny Ardant est sans nul doute une comédienne rare. Cette immense figure du théâtre le prouve une nouvelle fois ici. Elle ne dit pas ce texte fabuleux, elle le vit. Le magnifiant de sa voix et de son être tout entier. L’incarnation est édifiante, incroyable. Son talent envoute. Sa voix emprisonne, elle bouscule ou berce. Sa diction particulière et son expressivité toujours intense et digne, donnent aux propos dits et aux situations évoquées une vraisemblance mêlée d’onirisme. Nous voici en présence d’une poétique singulière du jeu d’actrice qui nous cueille au début et nous accompagne jusqu’à la fin. Un jeu au charisme dont on ne se lasse pas.

 

Le dernier mot dit, dans un silence attentif et toujours tendu vers l’écoute, elle se retourne et se dirige lentement vers ce passage au fond, légèrement éclairé par un halo discret. Elle s’en va.

 

Un spectacle impressionnant qui restera mémorable comme ces grandes rencontres que le théâtre sait nous offrir. Les saluts nourris du public, les nombreux rappels, les bravos scandés comme les standings ovations ont scellé le spectacle et son souvenir comme ils le méritent. Un très grand moment. Bravo mademoiselle Ardant. Merci.

 

 

Spectacle vu le 21 décembre 2018,

Frédéric Perez

 

 

De Marguerite Duras. Adaptation et mise en scène de Bertrand Marcos. Lumières de Patrick Clitus.

Avec Fanny Ardant.

 

10 représentations exceptionnelles

À 19h00 jusqu’au 31 décembre, à 15h00 le dimanche 23

Relâches du 24 au 27 décembre

Place Charles Dullin, Paris 18ème

01.46.06.49.24  www.theatre-atelier.com

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