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Le mythe d’Orphée revisité par Jean Cocteau offre un moment inouï et enchanteur. Un rêve éveillé à la poésie floutée, piqué de lyrisme, illuminé de surréalisme. César Duminil, dans sa mise en œuvre, réussit à faire saillir du texte sa féérie captivante et rieuse, et plonge le public dans un espiègle merveilleux.

 

Écrite en 1925 et créée en 1926 cette « tragédie en un acte et un intervalle » comme la dénommait l’auteur suit les grandes lignes du mythe.

 

« Eurydice ne reviendra des Enfers qu’à condition qu’Orphée, son bien-aimé qui la vient chercher, ne la regarde pas avant d’être sorti du royaume des morts. Mais... pourquoi diable Orphée s’est-il retourné ? »

 

Bien sûr, Cocteau trouve le moyen de détourner le mythe pour en faire une œuvre à son image, fantaisiste et élégante. Au-delà de l’amour d’Orphée pour Eurydice, Cocteau insiste sur sa fascination de la mort et plus encore, du voyage parmi les morts.

 

Les trois thèmes récurrents du poète se trouvent réunis, comme il l’écrivait lui-même :

 

« Les morts successives par lesquelles doit passer un poète jusqu’à devenir, selon l’admirable vers de Mallarmé, “tel qu’en lui-même enfin l’éternité le change” ; le thème de l’immortalité : la personne qui représente la mort d’Orphée se sacrifie, s’annule pour rendre le poète immortel ; les miroirs : on se regarde vieillir dans les miroirs. Ils nous rapprochent de la Mort »

 

« Je vous livre le secret des secrets. Les miroirs sont les portes par lesquelles la Mort va et vient. Ne le dites à personne »

 

La mise en scène et la direction d’acteurs de César Duminil restituent adroitement le surnaturel du texte. Il y a là une fidélité et une appropriation mêlées, de très bon aloi. Le réalisme dans l’irréel cher à l’expression artistique de Cocteau est montré dans son enveloppe onirique. Avec toute la légèreté du burlesque qui colore le fantastique.

 

La magie opère. Nous sommes ailleurs et ici. Aux côtés du Diable, de la Mort et de l’Ange-gardien, nous assistons aux péripéties du récit avec délectation. On rit souvent de cet humour grinçant. Surpris et éblouis par la beauté de l’ensemble. Touchés par ce prodigieux moment de théâtre farcesque et poétique.

 

La distribution captive notre attention tout le long et s’amuse autant que nous avec un fourbe enthousiasme. Yacine Benyacoub, Jérémie Chanas, César Duminil, William Lottiaux, Ugo Pacitto et Joséphine Thoby savent manier la langue de Cocteau autant que la cocasserie des situations avec finesse, précision et fougue. Chapeau bas mademoiselle et messieurs.

 

C’est un petit délice de théâtre que ce spectacle. Riche de la poésie et de la fantaisie de Cocteau. Merveilleusement mis en scène et savoureusement joué. À ne surtout pas manquer.

Spectacle vu le 7 février 2019,

Frédéric Perez

 

De Jean Cocteau. Mise en scène et scénographie de César Duminil assisté par Clark Ranaivoav. Costumes de Blanche Abel. Décor de Edouard Duminil et Léo Ciornei. Lumières de Pierre Saint Léger.

Avec Yacine Benyacoub, Jérémie Chanas, César Duminil, William Lottiaux, Ugo Pacitto et Joséphine Thoby.

 

Jusqu’au 24 mars

Du mardi au samedi à 18h30 et le dimanche à 15h00

53 rue Notre-Dame-Des-Champs, Paris 6ème

01.45.44.57.34 www.lucernaire.fr  

- Photo © James Alexander Coote -

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