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Catherine, Catherine, qu’ont-ils fait de ton enfance, de ta jeunesse, de ta vie ? Où sont passés ces moments heureux que tant d’autres connaissent, au sein d’une famille aimante, dans une conjugalité épanouissante ? Toi qui as été privée de tout, de l’affection, de l’amour, du respect de la personne jusqu’au droit de pouvoir aimer ses enfants, déchirée par une indignité imposée ? Comment as-tu fait pour survivre à ça ?

 

Il y a des spectacles « coup de poing » dont on sort groggy, touchés au cœur et au corps comme après cette histoire de vie d’une puissance telle qu’elle s’en va surement et indéfectiblement se loger dans la mémoire. À la fois horrifiés par ce que l’on voit et ce qu’on entend, une horreur qui se transforme en hargne, et tout autant éblouis voire admiratifs devant la pugnacité de cette femme qui subit, qui résiste. Saura-t-elle surmonter cette vie de tortures ? Y aura-t-il résilience après cela ?

 

Ce spectacle rentre dans la catégorie singulière de ceux qui dénoncent avec violence l’humanité bafouée, crassement détournée du droit à une vie digne, à une simple part de bonheur, et incroyablement vraie de souffrances perverses, d’humiliations cruelles et d’exclusions de tous liens affectifs et sociaux.

 

Jean Teulé écrit en 1998 ce roman pour délivrer du silence le récit de vie de sa cousine Catherine Nicolle, venue lui conter son histoire. Une histoire vraie d’un trop long début de vie fait de violences. Une histoire de femme qui a subi les violences familiales, conjugales et sociales jusqu’à trop longtemps.

 

L’adaptation théâtrale est réussie. La mise en scène de Laurent Le Bras apporte une théâtralité fine et efficace par l’utilisation de la musique en live et des chansons, des narrations et des scènes jouées. La sonorisation de certaines parties chantées ou instrumentales, les vidéos projetées et l’écran devenant un rideau translucide, floutent certains passages, transgressent la catharsis de la représentation pour lui donner un aspect spectaculaire et salutaire permettant de supporter l’immonde. Des rires apparaissent soudain, sans doute pour se cacher de l’incroyable et éviter la nausée. Une poétique de l’abjection pour tenir coute que coute le fil de la vie.

 

L’interprétation relève de l’excellence.

 

Simon Chomel joue aussi bien de la guitare façon Rock Fusion, qu’il chante ou qu’il joue des personnages. Il accompagne le récit avec une discrétion délicate et une précision de jeu qui conviennent.

 

Claudine van Beneden est Catherine avec une puissance magnifique et troublante à la fois. Nous ressentons viscéralement ce que Catherine nous dit et nous montre. Claudine van Beneden ne joue pas, elle incarne Catherine véritablement, avec toute la palette des sentiments que ce personnage a traversés. Elle chante à plusieurs reprises, d’une voix claire dont la beauté tranche avec l’horreur racontée, donnant par cette opposition encore plus de force à l’injustice dénoncée. Sa crédibilité est poignante, l’émotion ne nous quitte pas. Une splendide interprétation qui impressionne de bout en bout.

 

Un spectacle fort, très fort. Une dénonciation des violences faites aux femmes magistralement interprétée. Captivant et documentaire, prégnant et nécessaire, je conseille vivement cet exceptionnel moment de théâtre.

 

Spectacle vu le 7 mars 2019,

Frédéric Perez

 

De Jean Teulé (texte édité aux éditions Julliard). Mise en scène de Laurent Le Bras. Chansons de Grégoire Béranger. Scénographie de Sophie Toussaint et Laurent Le Bras. Création lumières de Matthieu Bassahon. Création vidéo de Stephen Vernay.

Avec Simon Chomel et Claudine Van Beneden.

20 dates exceptionnelles jusqu’au 7 avril

Le mercredi à 21h, le jeudi, le vendredi et le samedi à 19h, le dimanche à 17h (relâches les 16 et 17 mars, les 5 et 6 avril)

Bord de scène en présence de Jean Teulé le mercredi 13 mars

78 bis boulevard des Batignolles, Paris 17ème

01.42.93.13.04 www.studiohebertot.com

Photo © DR

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Photo © Michaël Kitaïévtich

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