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« Menahem Mendl, parti chercher fortune, raconte ses burlesques mésaventures à sa femme, restée au village. Un échange de lettres où l’amour, la colère, la naïveté, le bon sens et l’optimisme se mêlent aux larmes et à la joie. »

 

Cet échange épistolaire écrit par Sholem Aleichem, publié en 1919, est tiré de la véritable histoire d’un de ses amis. C’est sans doute une des raisons pour laquelle ce texte est devenu un des textes cultes de la littérature yiddish, représentatif de ce qu’on appelle « l’humour juif ».

 

« Comme dit ma mère, un sourd a entendu un muet raconter qu’un aveugle avait vu courir un boiteux ». Cette réplique extraite de la pièce, dite par l'épouse, est symptomatique de la mécanique spécifique à cet humour ravageur. Tout acte, toute action, ne peut être opposable à une évidence, même d’apparence irrationnelle, tant elle vient bousculer la raison de son bon sens irréfutable.

 

« Un ivrogne peut devenir sobre, un idiot ne devient jamais intelligent. »

 

Menahem Mendl le rêveur est un doux-dingue. Un mystificateur involontaire ou pas, qui fait de sa vie un théâtre où tout mensonge est un songe qui se cache.

 

« Comme dit ma mère : ce n’est pas ce qui est beau qu’on aime, c’est ce qu’on aime qui est beau. »

 

Parti loin de chez lui pour faire fortune, il cherche à justifier dans chacune de ses lettres que ses choix sont les bons, que le faux est vrai et que les autres l’empêchent de réaliser ses rêves. Ce à quoi son épouse Scheiné-Scheindl lui oppose un bon sens rempli de tendresse et de bienveillance comme une mère pourrait le faire avec son enfant.

 

« Lorsqu’une vache s’en va brouter, elle en oublie de dire au revoir. »

 

Et c’est parti, la mécanique s’enclenche. L’échange épistolaire irrésistiblement drôle et attachant va bon train sans jamais désemparer.

 

L’adaptation d’Hélène Cohen et Roger Kahane fait ressortir le comique de situation qui vient supplanter sans le trahir le comique de langage. Les deux personnages sont présents sur scène et se partage les lectures sous forme de narrations dites ou jouées, parfois en simultané. C’est savoureux et le jeu aidant, d’une efficacité redoutable.

 

La mise en scène d’Hélène Cohen accompagne le mouvement imprimé par l’adaptation et colore le texte, campe les personnages avec une adresse qui convient parfaitement. C’est très bien fait.

 

Les comédiens Florent Favier et Pauline Vaubaillon sont excellents. Pêchus et plein de nuances, espiègles à l’os, d’un comique abouti.

 

Un spectacle drôle tant il est cocasse et enthousiaste, montrant un bon peu de cet humour juif qui ravage toute forme de raisonnement sur son passage. Un fichu bon moment !

 

Spectacle vu le 14 juillet,

Frédéric Perez

 

 

De Sholem Aleichem. Adaptation d’Hélène Cohen et Roger KahaneMise en scène d’Hélène Cohen. Création Lumières de Lucien Abline.

 

Avec Florent Favier et Pauline Vaubaillon.

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