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C’est un spectacle hilarant comme le sont les farces sociales, crues et cruelles, où l’on ne peut faire l’impasse de reconnaître des gens connus, voisins, membres actuels ou oubliés de la vie professionnelle et où il n’est pas impossible de s’y croiser soi-même à trop regarder dans les miroirs posés ici ou là. Si près de l'imaginaire que le rire n’efface pas.

« Quand des demandeurs d’emploi en reconversion lâchent prise et passent en mode projet, tout peut arriver… et même pire. Alfred Carmut avait tendance à rêvasser au bureau. Tombé de sa chaise, il s’est réveillé dans une réunion de motivation chez Paul Empoil. Quand l’animateur a demandé aux cinq stagiaires de passer en mode projet, ils ont lâché prise. Et là, c’est parti en live… »

Philippe Fertray a très bien pensé son affaire. Seul en scène, il dépeint avec un cynisme ébouriffant le monde du travail qu’il passe au crible du ridicule qui tue. Le texte est ficelé façon mitraillage, déclenchant des rires en cascades. Le temps que chacun comprenne à son rythme ou accepte ce qu’il vient de comprendre, un instant décalé. Auteur adroit à n'en pas douter, il est un interprète remarquable, d’une efficacité redoutable. C'est bien écrit et bien joué.

 

Ils sont plusieurs dans sa tête, ce n’est pas possible autrement. Son jeu foisonne de diversité. Il ne nous laisse pas une minute de répit le bougre, surtout dans la première partie qui relève de l’abattage pur et simple de spectateurs asservis et secoués de fous-rires.

 

Une sorte de méta-langage sort de sa bouche, emprisonnant les langages codés de mondes professionnels multiples, les codes typiques de catégories socio-culturelles différentes et les restituant avec une force incroyable et une singularité au comique ravageur.

 

À la manière d’un aède du temps jadis qui viendrait au village raconter comment ne va pas le monde. À celle d’un poète ahuri par les ravages de cette course vaine au bonheur dans un rapport au travail sublimé, qui est et devient de plus en plus destructeur et dépersonnalisant.

 

Philippe Fertray pousse son texte aux extrêmes de l'outrance, sans vulgarité, avec l’insidieuse volonté de toucher les consciences tout en humour, élégance et puissance de feu. Les phrases fusent, les stéréotypes explosent, les situations voltigent, dans cette galerie de portraits qui traverse les thèmes de la productivité des ressources humaines et du burn-out.

 

Le travail est un joug de joncs qui cassent plus souvent qu’ils ne plient. De la quête d’une rémunération et d’une reconnaissance sociale à celle toujours vive de vivre libre dénué le plus possible de ses carcans d’obligations, ce spectacle illustre astucieusement le rapport de l’individu au travail. Jusqu'à récurer rageusement pour faire apparaître l'absurde et nous permettre d’en rire afin de se distancer un peu de l’effroi tout en le regardant se vautrer dans la lie de l’ignominie. C’est bon et c’est drôle.

 

Un spectacle décapant, drôle et intelligent. Sa thématique militante nous invite à la réflexion et ne nous prive surtout pas d’en rire. Très agréable moment à ne pas manquer. À l’affiche tout l’été.

 

Spectacle vu le 1 août 2019,

Frédéric Perez

 

Auteur, mise en scène, images et interprétation : Philippe Fertray. Collaboration artistique : Marc Pistolesi. Décor : Sophy Adam. Costumes: Chouchane Abello-Tcherpachian. Musique : Studio M. Chorégraphie : Evariste Desjoubards.

 

 

 

Jusqu’au 28 septembre

En août, du mercredi au dimanche à 21h00

En septembre, du mardi au samedi à 21h00

 

5 rue Blainville, Paris 5 ème

01.42.01.81.88 www.theatredelacontrescarpe.fr

 

 

Photo © Fabienne Rappeneau

Photo © Fabienne Rappeneau

Photo © Fabienne Rappeneau

Photo © Fabienne Rappeneau

Photo © Fabienne Rappeneau

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Photo © Fabienne Rappeneau

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