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Carnets de notes pour le travail, pour la mémoire, pour le miroir personnel voire intime que représente l’écriture de la pensée, ce sont sept cahiers comme il les appelait lui-même qu’Albert Camus a rédigé pendant vingt-quatre ans, de sa jeunesse jusqu’à sa mort.

 

Stéphane Olivié Bisson a eu l’intuition géniale, sans doute teintée de désir, de visiter ses carnets comme on visite quelqu’un d’important pour soi. Pour le comprendre au plus près. Pour le découvrir encore. Et de toute évidence, pour si bien l’honorer par le spectacle qu’il en a fait. Un temps de partage remarquable.

 

Entre narration et jeu, le spectacle nous révèle nombre de facettes de Camus. Consolidant la connaissance que nous pouvons avoir de son œuvre ou permettant de découvrir sa pensée singulière comme sa personnalité troublée et entière à la fois. Voici un regard de côté sur Camus qui doit sans doute déclencher l’envie de le croiser de face.

 

Un fauteuil au fond du plateau face au public, un écran à cour, une chaise à côté et une autre à jardin où des livres et des cahiers jonchent le sol aux pieds. Et au milieu, un rectangle de galets blancs, puits de lumière et symbole protéiforme de plusieurs éléments de parcours.

 

Stéphane Olivié Bisson est là, assis sur le fauteuil. Immédiatement captivant. Une présence impressionnante où fougue et fragilité s’entremêleront tout le long. Son corps peut être tonique ou lascif, son énonciation tendre, violente voire exaltée, accompagnant les états du moi de l’auteur, selon les passages de carnet qu’il délivre.

 

Délicatesse de l’intime dévoilé, élégance de l’introspection franchement dite, quête inlassable de la vérité énoncée, l’interprétation incarnée donne aux mots des couleurs qui voguent sur un mer impétueuse et versatile, celle de la confidence pensée voire révoltée, où pointe par moments l’émotion de la nostalgie ténue mais insistante de l’enfance, de l’amour maternel et du pays d’origine.

 

Observer le monde pour le comprendre et le jauger, témoigner de ses écarts, de ses illogismes et désigner les nécessités du changement, les aspirations au bonheur, à la beauté et à l’harmonie. Les notes de Camus qui nous sont exposées montrent le penseur cynique et ironique qu’est ce grand écrivain, prix Nobel de Littérature, citoyen libre et libertaire revendiqué.

 

Un spectacle comme une entrée inattendue mais respectueuse dans l’univers de Camus. Une entrée chez lui, une entrée en lui. Un spectacle comme un écrin qui s’ouvre sur les pensées et les soliloques d’un illustre homme de lettres et d’esprit.

 

Un moment précieux. Une adaptation remarquable par sa sincérité et son audace. Une interprétation lumineuse et captivante. Incontournable spectacle que j'ai plaisir à recommander.

 

Spectacle vu le 28 août 2019,

Frédéric Perez

 

 

D’après « Carnets d’Albert Camus », Éditions Gallimard. Adaptation, mise en scène et interprétation de Stéphane Olivié Bisson.

 

Collaboration artistique de Bruno Putzulu. Lumière de Frank Thévenon. Musique d’Éric Capone. Costumes de Nancy Sanchez. Vidéo d’Emma Champy et Émilie Leprêtre.

 

 

 

Jusqu'au 27 septembre 2020

Du mardi au samedi à 19h00 et le dimanche à 16h00

 

53 rue Notre-Dame-Des-Champs, Paris 6ème

01.45.44.57.34 www.lucernaire.fr

 

 

 

Photo © Elie Bekhazi

Photo © Elie Bekhazi

Photo © Elie Bekhazi

Photo © Elie Bekhazi

Photo © Elie Bekhazi

Photo © Elie Bekhazi

Photo © Elie Bekhazi

Photo © Elie Bekhazi

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