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Quelle incongruité inattendue que cette bonne idée d’apposer ainsi ces deux pièces. On s’étonne de reconnaître les mêmes rouages. On se surprend à les distinguer. On reconnait finalement qu’elle reposent sur les mêmes logiques. Celles de l’absurde poussé jusqu’à l’angoisse, du non-sens qui s’installe dans la folie, de la raison qui se gausse de toute vérité. Les rires fusent, c’est un régal. Tout est emballé-pesé avec efficacité et finesse, joué prestissimo furioso. Nous assistons à de gros, de grands, d’énormes « pétages de plomb ».

 

« Drôle de diptyque, dira-t-on, que celui formé par ces deux comédies écrites à plus d’un siècle d’écart. Quoi de commun entre Labiche et Viripaev ? Les vertiges fantasques de la suspicion. Deux enquêtes hallucinées et menées tambour battant... »

 

Ces deux pièces qui s’enchaînent à la suite (les Guêpes puis l’Affaire) dévoilent l’une et l’autre les abus ravageurs de la rationalité limitée qui explose. Aux allures d’un vaudeville contemporain qui n’aboutit pas chez Viripaev puis du vaudeville traditionnel chez Labiche, le quiproquo reste la clé de voûte de ces deux théâtres, de leurs ressorts dramaturgiques et des effets saillants de leurs textes.

 

Le mensonge pris en défaut se réfugie dès que possible dans l’absurde. Un absurde, dans les deux pièces, élevé au rang de refuge funeste et clownesque où le ludique n’est pas sans rappeler le rapport à l’insolite que les enfants transforment en jeu fictionnel, ballotté entre rêve et cauchemar, entre désir et peur, et chargé de colères fulgurantes qui agressent pour se défendre.

 

La cruauté règne. Elle prend les atours de la perfidie d’une réflexion enfermante chez Viripaev, triturant les esprits des notions de culpabilité, de renoncement et de croyances impossibles. Chez Labiche, le cruel réside dans l’évidence de l’aberration, dans sa fourberie involontaire mais redoutable. Des intellos bobo d’aujourd’hui aux petits bourgeois mesquins d’hier.

 

La mise en scène et la direction de jeux de Frédéric Bélier-Garcia, assisté de Caroline Gonce, dans un très joli décor de Jacques Gabel, favorisent le spectacle démonstratif, le visuel dénonciateur, donnant aux propos leur grandiloquence et laissant les textes cheminer jusqu’à nous pour faire les liens et se laisser perdre avec délectation et amusement dans ces labyrinthes sournois de folies pures quasi démoniaques.

 

La distribution est en verve et dépote avec minutie et ardeur. Camille Chamoux, au jeu parfois un peu trop appuyé, semble par moments chercher le rire par des effets venant de la comédienne plus que du personnage, mais elle brille de délicatesse et de répartie dans les interactions avec ses partenaires. Sébastien Éveno parait plus à l’aise et efficace dans le rôle du domestique que dans celui de Potard dont la barbe postiche rend suffisamment le ridicule sans qu’il soit nécessaire d’en rajouter. Jean-Charles Clichet et Stéphane Roger sont tout simplement excellents, stupéfiants même à plusieurs reprises par les nombreuses nuances tragiques (oui oui) et comiques avec lesquelles ils colorent leurs personnages.

 

Un spectacle somptueusement drôle et intéressant. Un travail théâtral surprenant et captivant. Un plaisir bluffant à voir sans hésiter.

 

 

Spectacle vu le 13 novembre 2019,

Frédéric Perez

 

 

De Ivan Viripaev. Texte français de Tania Moguilevskaia et Gilles Morel. Et d'après Eugène Labiche. Mise en scène de Frédéric Bélier-Garcia. Décors de Jacques Gabel. Collaboration à la mise en scène de Caroline Gonce. Costumes de Colombe Lauriot Prevost. Musique de Sébastien Trouvé.


Avec Camille Chamoux, Jean-Charles Clichet, Sébastien Eveno et Stéphane Roger.

 

 

Du mardi au samedi à 20h00 et le dimanche à 16h00

Route du Champ de Manœuvre, Paris 12ème

01.43.28.36.36 www.la-tempete.fr

 

 

Photo © Pascal Victor

Photo © Pascal Victor

Photo © Pascal Victor

Photo © Pascal Victor

Photo © Pascal Victor

Photo © Pascal Victor

Photo © Pascal Victor

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