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Un spectacle à part, de l’ordre du merveilleux, à la force poétique déconcertante. Une hallucinante drôle de ballade dans un ailleurs fantasmagorique fait d’illusions. Nous sommes pris aussitôt et surpris tout le long tant la solitude surréaliste qui baigne cette histoire et son personnage tend vers une plénitude imaginaire, généreuse et tendre comme un acte d’amour.

 

Un spectacle qui jongle avec les images et les impressions pour les faire s'envoler et venir se poser sur notre bestiaire imaginaire qu’il caresse, rappelant les souvenirs ludiques de l’enfance ou convoquant des désirs de rêveries. La magie opère, nous sommes emportés, elle se nourrit de plaisirs dans cette chaleureuse, drôle et complice histoire à rêver les yeux ouverts, enveloppée de poésie et chahutée sans désemparer par un burlesque joyeux.

 

« Un homme, un « monsieur tout le monde » probablement retraité, vit seul dans les hauteurs d’un immeuble. Si son monde est isolé, il n’en est pas moins peuplé de rêves. Dans un dialogue entre le réel et l’illusion, la routine d’un quotidien apparemment bien ordonné, se désarticule. Le monde extérieur semble s’acharner à le ramener dans le concret, tandis qu’autour de lui, tout prend vie. »

 

Nous voici dans un monde décalé du réel, presque anachronique, tellement extraordinaire qu’il en devient déroutant, obligeant à garder en éveil une attention vaillante, de peur de laisser s’échapper un instant important, comme le ferait notre regard observant un papillon qui s’envole ou un enfant ébahi par le sourire d’un clown avant sa chute.

 

Ce monde où l’illusion devient raison semble convenir à ce Monsieur X. Il y égrène le quotidien de sa vie. Se jouant des erreurs du vivant, les intégrant dans ses gestes, les transformant à leur tour en gestes habituels. Qu’il est bon de se laisser prendre et se perdre dans cette normalité bizarre qui finalement devient aussi la nôtre. C’est un univers de jeux et de rêves où rien d’autre ne semble avoir d’importance que le plaisir de la surprise qui va survenir, de son attente et de sa saveur.

 

Le parti pris de Mathilda May fait du corps le vecteur principal de l’interprétation. Comme une danse sans figures où tous les pas sont précis, chorégraphiée pour donner vie aux situations, aux silences de leurs paroles, aux mélodies et aux sons qui bruissent et aux accessoires qui s’animent. Les gags déferlent comme un langage évident, celui de ce personnage de bonté pour qui tout ce qui empêche oblige. À s’adapter, à ne pas disconvenir, à vivre ou survivre ces éléments du présent pour être toujours hors du temps, hors des normes et tellement proche. Le tout, tout en délicatesse de velours et de poésie, rompu tout à coup par des sursauts inattendus ou des ruptures désopilantes. C’est grandiose et profondément troublant.

 

« Pierre Richard a imprégné notre inconscient collectif par le rire, la poésie et par sa gestuelle unique. » dit Mathilda May à propos de Pierre Richard.

 

« Elle me propose de rêver avec elle de tout ce qui ne se dit pas, et qui en dit bien plus. » dit Pierre Richard à propos de Mathilda May.

 

Il y a un travail d’une finesse infinie dans cet ensemble. La précision d’orfèvre dans le jeu de Pierre Richard est d’une fluidité incroyable. Nous sommes transportés, sans s’en rendre compte, dans un ailleurs fantastique fait d’instants suspendus et sublimes. Il faut être un comédien d’exception pour jouer cette partition délicate, un comédien aux multiples facettes doté d’une simplicité touchante et d’une redoutable efficacité. Pierre Richard est cet artiste, ce personnage comique emblématique devenu mythique. Oui, c’est grandiose et profondément touchant.

 

Une beauté lumineuse ressort de ce rêve éveillé, nous laissant le sourire aux lèvres, le souvenir d’avoir ri souvent, touchés et émus, heureux d’avoir vécu ce moment de théâtre visuel mémorable. Un rare moment de bonheur théâtral. Aux saluts, sans voix, je n’ai pas pu crier merci. J’ai eu un grand plaisir à assister à ce spectacle, j’ai un grand plaisir à le recommander.

 

Spectacle vu le 20 février 2020,

Frédéric Perez

 

 

Solo visuel pour Pierre Richard. Écrit et mis en scène par Mathilda May. Musique originale d’Ibrahim Maalouf.

 

Assistante mise en scène, Anne Poirier-Busson. Scénographie, Tim Northam. Vidéo, Mathias Delfau. Son, Guillaume Duguet. Lumières, Laurent Béal. Effets spéciaux, Arthur Chavaudret et Allan Sartori. Costumes, Valérie Adda. Marionnettes, Pascale Blaison, Bertil Cazaumayou. Accessoires, Amina Rezig, Jean Teske, Antoine Milian, Laurent Provost, Marion Pellarini. Régie générale, Fred Millot. Avec la participation de Niseema.

 

 

 

Jusqu’au 8 mars

 

Du mardi au samedi à 19h00 et le dimanche à 15h00

 

1 place Charles Dullin, Paris 18ème

01.46.06.49.24 www.theatre-atelier.com

 

 

Photo © Pauline Maillet

Photo © Pauline Maillet

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