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Un duel théâtral implacable entre une programmatrice de spectacles et une actrice, entre l’une qui est représentante d’une élue du peuple et l’autre qui souhaite trouver le meilleur nid pour son antre et la cage de son écho. La croisée des desseins des deux parties pose les questions de l’essence du théâtre, de sa perception et de sa compréhension, de sa préhension et de son impact.

 

« Quand une actrice parisienne rencontre la programmatrice d’un théâtre en province, c’est une pièce de guerre qui commence. Entre l’artiste invitée et l’élue de la République, les répliques cinglantes et les caricatures explosent, elles qui savent mieux que l’autre ce qu’est le théâtre, elles qui le font, elles qui en sont. Au milieu de ce fossé entre elles qui se creuse, se glissent des ’’paroles données’’, de vrais témoignages qui, eux, disent la réalité du territoire ».

 

La pièce traverse les problématiques du texte tout en les confrontant à l’humanité des personnages qui les exposent. Chacune défend son camp en pensant œuvrer pour le bien de l’autre, voire des autres. La charge et le combat. L’obligation et le don. L’entreprendre et le surprendre. Lutte de désirs. Chemin d’obstacles entre besoins et nécessités.

 

Un troisième personnage vient ponctuer l’échange par des pauses dans lesquelles sont glissées des paroles données par les gens de la ville et de la campagne, qui pourraient composer et composent surement le public des théâtres en région.

 

De la pensée sur le théâtre et sur sa vocation, à la réalité du théâtre perçu et attendu par celles et ceux pour qui il est conçu, l’écart ne montre-t-il pas le creuset qui le fonde plus que le fossé qui pourrait le dénoncer ?

 

Pierre Notte livre ici un texte qui allie la profondeur à la légèreté dans la confrontation de la réalité avec sa représentation. La vie y fait surgir ses contradictions, ses contours inattendus et ses coïncidences, nourrissant les ressorts dramaturgiques du récit pour le rendre accessible et plaisant, réfléchissant comme un miroir sur nos consciences et nos sensations.

 

Le principe de plaisir (vivre d’autres vies, devenir une autre et se montrer) s’entrechoque avec le principe de réalité (le quotidien contraint par une matérialité obsédante, toujours présent ; les souvenirs de jeunesse faits de troubles, d’envies et de jalousies, à jamais enfouis).

 

La mise en scène de Marianne Wolfsohn installe le texte dans l’épure d’un réalisme cru. Les deux mondes sont montrés nus, pour mieux les voir, mieux les comprendre. Comme si on y était, comme si on assistait du fond d’une salle polyvalente à cet échange vrai, probable, proche, à propos du théâtre et de la culture. Échange traversé par cette sorte de logorrhée naturaliste de propos issus du « territoire » sur les aspirations, les doutes et les renoncements des spectateurs possibles, probables, proches.

 

Les jeux sont habités, incarnés plutôt. Les trois comédiennes, convaincantes, nous tiennent en haleine tout le long.

 

Nathalie Bécue donne au rôle de la programmatrice l’énergie prodigieuse de l’instant et la sincérité troublante d’un personnage qui se bat. Elle livre ses failles avec la fougue et la puissance d’une femme qui tente de conserver l’équilibre dans l’écartèlement de son passé rompu et de son présent de combat. Magnifique.

 

Silvie Laguna est l’actrice qui vient de Paris. Elle montre avec vivacité l’audace et la conviction, avec retenue la fragilité et le trouble, d’une femme qui doit et veut défendre son métier, son art. Impressionnante.

 

L’une et l’autre se fondent dans ce duel comme dans un duo, « je ne vous aime pas » se disent leurs personnages… Elles réussissent à nous captiver en faisant ressortir la complémentarité intime des personnages autant que leur opposition sociale.

 

Marianne Wolfsohn porte les monologues délivrant les « paroles de territoire » avec conviction, simplicité et fait mouche par l’émotion qu’elle réussit à faire passer.

 

Un récit riche pour une pièce plaisante et intéressante. Une interprétation remarquable. Un spectacle que je conseille vivement.

 

 

 

Spectacle vu le 3 mars 2020,

Frédéric Perez

 

 

Texte de Pierre Notte avec la complicité de Marianne Wolfsohn.  Mise en scène de Marianne Wolfsohn assistée par Ophélie Koering. Coach action de François Rostain. Costumes de Donate Marchand assistée par Emmanuelle Huet. Décors de Marianne Cantacuzène et Michèle Maupin.  Lumière de Élodie Tellier.

 

Avec Nathalie Bécue, Silvie Laguna et Marianne Wolfsohn.

 

 

Jusqu’au 28 mars

Du mardi au samedi à 21h00

 

3 rue des Déchargeurs, Paris 1er

01.42.36.00.50 www.lesdechargeurs.fr

 

 

 

Photo © Pascal Gely

Photo © Pascal Gely

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