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Le monde du travail et la vie de couple, ces lieux de tous les possibles, deviennent au filtre de cette fiction un fantastique chamboule-tout de délires qui explose peu à peu devant le miroir virtuel de la représentation théâtrale. Un miroir où il ne serait pas vain d’observer ce qui se joue quand l’individu se trouve confronté au collectif, pour peu qu’on y reconnaisse un visage. Le sien ou un autre.

 

« Mosaïque de bizarreries, polyphonie des ego, irrésistible camaïeu des contraires, jalousies en incandescence, l’entreprise rend fou. Mais quel est donc ce petit homme qui ressemble à un singe que l’employé découvre tous les matins à son bureau ? La femme du chef est-elle folle ? Pourquoi veut-on absolument inviter son subalterne à manger un risotto ? Et ce rapport, où en est-on de ce rapport ? »

 

Rémi de Vos dépeint à nouveau une satire sociale savoureuse dans laquelle le comique s’installe sournoisement puis franchement et nous fait rire pour le plaisir de rire, de nous-mêmes et de cette comédie humaine permanente qui nous environne et nous emprisonne dans son absurde persistant.

 

Chaque personnage vit sa folie en tentant de soulager celle de l’autre dans un brouhaha de conjectures où même un singe ne reconnaîtrait pas ses grimaces, un conjoint sa moitié, un collègue son supérieur et le risotto ses moules. Comme un jeu cru et cruel où les malentendus sont légion, les imbroglios s’amoncellent et les bombes explosent les unes après les autres jusqu’à une magnifique fin. C’est ahurissant !

 

La mise en scène de Jean-Michel Ribes, façonnée au cordeau, vient comme d’habitude éclairer le texte sans en rajouter, lui tendant une main espiègle et l’habillant d’atours malicieux pour le montrer tout à fait. Le rythme cadencé qui devient soutenu dans un délire grandissant et les personnages campés serrés lâchant prise au fil du récit, servent une ambiance démoniaque dans laquelle les rires s’expulsent et laissent un ressenti bienfaisant. C’est finement léché et fichtrement drôle. Que dis-je drôle, désopilant !

 

Les comédiens jouent leur partition avec une fougue gourmande et un dépoté ravageur. Caroline Arrouas et son calme désemparé qui désarçonne, nous ferait douter du doute. Jacques Bonnaffé, superbe en paumé qui s’agite autant qu’il ne peut pas. Marie-Armelle Deguy qui offre une maîtrise parfaite et magistrale dans une composition bluffante et drôlissime de l’épouse du patron, tragique femme-fantôme. Gilles Gaston-Dreyfus joue avec délice un cadre aux dents longues, maître en beauferie supérieure et Anne-Lise Heimburger, épouse pêchue et clownesque lui répond du tac au tac, les deux font la paire, c’est succulent. Et Yannik Landrein, impayable en bon gars à l’extase extravagante devant ses propres peurs.

 

Une interprétation d’excellence, littéralement, où chacune et chacun des comédiens apportent sa folie. Un abattage comique tout le long, avec la classe et la façon d’artistes d’exception.

 

Un moment de théâtre totalement déjanté comme on aime. Un texte efficace et construit. Une mise en scène ficelée, vive et horriblement drôle. Une interprétation de tout premier plan par des comédiens désopilants et très inspirés. Un spectacle incontournable pour rire, rire et encore rire.

 

 

Spectacle vu le 29 février 2020,

Frédéric Perez

 

 

 

De Rémi de Vos. Mise en scène de Jean-Michel Ribes. Scénographie de Sophie Perez. Costumes de Juliette Chanaud. Assistanat à la mise en scène par Olivier Brillet. Lumières de Hervé Coudert. Création Sonore de Guillaume Duguet. Construction par Antoine Plischké, Isabelle Donnet, Tanguy Sayag et Catherine Thierry.  Coiffures de Nathalie Eudier.


Avec Caroline Arrouas, Jacques Bonnaffé, Marie-Armelle Deguy, Gilles Gaston-Dreyfus, Anne-Lise Heimburger et  Yannik Landrein.

 

 

 

Du mardi au samedi à 21h00 et le dimanche à 15h00

Relâche le 1er, 3 et 29 mars

 

2bis avenue Franklin D. Roosevelt, Paris 8ème

01.44.95.98.21 www.theatredurondpoint.fr

 

 

 

Photo © Giovanni Cittadini Cesi

Photo © Giovanni Cittadini Cesi

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