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Un spectacle imposant, à la lisière de l’académisme du drame théâtral, qui fait apparaître sagement mais strictement la pièce tirée de la sombre histoire vraie datant de 1692 des sorcières de Salem, ville portuaire de la colonie du Massachusetts.

 

Dans cette pièce écrite en 1953, Arthur Miller s’inspire du célèbre procès en sorcellerie pour mettre en scène les dérives puritaines remontant à la fondation des États-Unis.

 

« Dans le village de Salem, Abigail, une servante renvoyée par sa maîtresse pour avoir eu une relation adultérine avec son maître, cherche à se venger. Pour parvenir à ses fins, elle est prête à tout. Avec l’aide d’autres jeunes filles, elle dénonce certains habitants et les accuse de sorcellerie. Tout va alors dégénérer dans le village où la superstition et le puritanisme vont conduire de nombreux habitants à la potence »

 

Cette pièce est souvent considérée comme une allégorie des ravages provoqués par le maccarthysme, dont Miller fut l'une des victimes.

 

« Je vous en prie, femme, insistez pour que votre mari avoue. Laissez-le mentir. »

 

Les Sorcières de Salem pose les questions des rapports entre l’ignorance et la croyance, entre le pouvoir de la communauté et l’identité personnelle.

 

« Comment pourrais-je vivre sans mon nom ? Je vous ai donné mon âme, laissez-moi mon nom »

 

Dans un contexte soumis à la pression idéologique, l’histoire expose les limites des contraires touchant la raison et la folie, la justice et le fanatisme. Le machiavélisme aux apparences ludiques des quatre jeunes filles à l’origine de cette hystérie collective, renvoie aux difficultés de relations intergénérationnelles où l’incommunicabilité liée au droit à la parole banni leur permet de bousculer l’ordre établi.

 

Du théâtre d’idées porté par des personnages campés finement grâce à un texte fouillé, particulièrement bien restitué par une distribution à la présence forte. Du théâtre d’acteurs illustré par des scènes où l’onirisme et le réalisme se suivent et se troublent pour frapper l’imaginaire et toucher l’émotion des spectateurs. C’est vif et lent à la fois, toujours prégnant et parfois éclatant.

 

Le plateau souvent dépouillé, les éclairages, les jeux… et le texte. Simplement. Assurément. Farouchement. La montée en puissance de cette crise d'hystérie puritaine est parfaitement rendue. Elle nous attire et nous happe. Nous sommes captés et captifs. C'est fascinant.

 

La distribution joue à merveille, toute en dignité et en fougue, faisant ressortir les oppositions, les doutes et les convictions des protagonistes, ces « martyrs de l’erreur ou de la bêtise humaine » et de ces jeunes filles manipulatrices ou victimes de leur propre piège. À noter, l’impressionnante Émilie Bouchez dans le rôle d’Abigail, l’émouvante Sarah Karbasnikoff dans celui d’Élisabeth Proctor et le formidable Serge Maggiani dans le rôle de John Proctor.

 

Un texte fort et mythique. Une mise en scène sagement habile. Une distribution remarquable. Un spectacle à voir !

 

Spectacle vu le 27 mars 2019,

Frédéric Perez

 

D'Arthur Miller. Mise en scène et version scénique d'Emmanuel Demarcy-Mota assisté à la mise en scène par Christophe Lemaire et Julie Peigné. Scénographie de Yves Collet et Emmanuel Demarcy-Mota. Lumières de Christophe Lemaire et Yves Collet assistés par Thomas Falinower. Costumes de Fanny Brouste assistée par Alix Descieux-Read. Musique d'Arman Méliès. Création vidéo de Mike Guermyet. Maquillage de Catherine Nicolas. Création sonore de Flavien Gaudon assisté par Nathan Chenaud Joffart. Accessoires de Christophe Cornut. Réalisation des costumes par Albane Cheneau et Margaux Ponsard. Conseiller Artistique François Regnault. Training Physique Nina Dipla. Travail Vocal Maryse Martines. Version Française du texte François Regnault Julie Peigné, Christophe Lemaire.

 

Avec Élodie Bouchez : Abigail, Serge Maggiani : John Proctor, Sarah Karbasnikoff : Elisabeth Proctor, Philippe Demarle : Hale, Sandra Faure : Anne Putnam, Jauris Casanova : Danforth, Lucie Gallo : Betty Parris, Jackee Toto : Hathorne, Marie-France Alvarez : Tituba, Stéphane Krähenbühl : Thomas Putnam-Cheever, Éléonore Lenne : Mercy Lewis, Gérald Maillet : Parris, Grace Seri : Mary Warren, Charles-Roger Bour : Gilles Corey.

 

 

Jusqu’au 10 octobre 2020

À 15h00 à 20h00 selon les jours de représentation

1 avenue Gabriel, Paris 8ème

01.42.74.22.77  www.theatredelaville-paris.com

 

 

Photo © Jean-Louis-Fernandez

Photo © Jean-Louis-Fernandez

Photo © DR

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