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« Août 1944 : Chartres vient tout juste d’être libérée de l’Occupation allemande. Dans la famille Giraud, on est coiffeur de père en fils, et c’est donc Pierre qui a dû reprendre le salon-hommes de son père, mort dans un camp de travail un an plus tôt. Marie, sa mère, héroïne de la Résistance française, s’occupe quant à elle du salon-femmes… Tout est dans l’ordre des choses, jusqu’à ce que Lise entre dans leur vie. »

Après l'épuration politique et antisémite du régime de Vichy pendant la guerre, la Libération a connu aussitôt l'épuration foudroyante et sauvage, et extra-judiciaire. « Il nous est resté la haine. À la haine des bourreaux a répondu la haine des victimes... Eh bien, c'est de cela que nous devons triompher d'abord » écrivait Albert Camus en 1945.

« J’ai eu envie d’écrire cette pièce à partir du moment où j’ai découvert « La tondue de Chartres », célèbre photo du photographe Robert Capa, représentant une femme tondue à la Libération dans une rue de Chartres, portant son bébé de trois mois dans les bras. » dit l’auteur Jean-Philippe Daguerre. Il en fait une histoire. Et quelle histoire ! Avec l’adresse délicate, habituelle et efficace de son langage empli en permanence d’une discrète et touchante attention à la personne humaine, voici une histoire prégnante, souriante et pleine d’espérance où l’Amour mène combat contre la Haine.

Nous sommes happés par cette histoire. Nos sensations passent du sensible à l’émotion, ballotées par la tristesse et la joie, bousculées par les rebondissements. Nous retrouvons cette ambiguïté subtile et savoureuse de l’écriture de Daguerre, qui pose peu à peu les bribes de l'histoire jusqu’aux révélations qui s’enchainent jusqu’à la fin. Nous restons sans voix, l’émotion nous remplit. Les questions arrivent ensuite. Comme toujours au théâtre bien fait, l’histoire transporte des messages et des interpellations.

Jusqu’où peuvent conduire les actions des hommes et des femmes quand le désir et le manque, l'absence et l'attente, la peur, les submergent et percutent leur besoin d’affection, d’humanité et de vie... cette vie si faible face à la mort qui rôde et qui emporte ?

Puis quand arrive l’apaisement de la libération des contraintes, qui du renoncement et de la résilience, ou de la révolte, retournera la face de la médaille qui remplace l'amour par la haine ?

Et quand la haine conduit à l'expiation pour assouvir son désir de vengeance… cette vengeance, fantastique force émotionnelle, peut-elle éteindre la puissance du feu de la colère ou rassasier la soif éperdue de la consolation ? Sert-elle la justice sociale ou le soulagement de la réparation qui ne remplacera jamais la douleur ?

Que doit-il rester de la vanité du « tonneau de la haine » décrit par Beaudelaire ? « …La Vengeance éperdue aux bras rouges et forts, A beau précipiter dans ses ténèbres vides, De grands seaux pleins du sang et des larmes des morts… »

Les comédiens s’emparent de ce récit comme d’un témoignage d’amour, à corps perdus, à cœurs ouverts. Le rôle centrale de la mère (époustouflante et magnifique Brigitte Faure) est entourée de façon complémentaire et complice par ses deux fils, Jean (touchant et juste Arnaud Dupont) et Pierre (superbe et délicat Félix Beaupérin), par l’ami-amant (tonitruant et sensible Romain Lagarde) et par l’institutrice Lise Berthier (lumineuse et très émouvante Charlotte Matzneff).

Nous retrouvons dans la mise en scène la marque de fabrique de Jean-Philippe Daguerre. Astucieuse, simple et surprenante, finement calée, laissant passer la poésie des moments et la chaleur des sentiments. Son univers devient le nôtre tant il nous tend la main et colore sa pièce d’un réalisme proche et touchant.

L’équipe artistique n’est pas en reste. Les décors de Juliette Azzopardi, les costumes de Alain Blanchot, les musiques de Hervé Haine, les lumières de Moïse Hill et la splendide chorégraphie de Florentine Houdinière servent à merveille la performance.

Ce spectacle est une réussite à n’en pas douter. Une invitation au plaisir théâtral où la raison et l’émotion cheminent et nous saisissent tout le long. Incontournable rendez-vous au théâtre Rive Gauche !

 

Spectacle vu le 8 octobre 2020,

Frédéric Perez

 

Une pièce écrite et mise en scène par Jean-Philippe Daguerre. Assistant à la mise en scène Hervé Haine. Décors Juliette Azzopardi. Costumes Alain Blanchot. Musiques Hervé Haine. Lumières Moïse Hill. Chorégraphie Florentine Houdinière.


Avec Félix Beaupérin, Arnaud Dupont, Brigitte Faure, Romain Lagarde et Charlotte Matzneff.

 

Du mardi au samedi à 21h00 et le dimanche à 15h00

6 rue de la Gaîté, Paris 14ème

01 43 35 32 31  www.theatre-rive-gauche.com

 

Photo @ Fabienne Rappeneau

Photo @ Fabienne Rappeneau

Photo @ Fabienne Rappeneau

Photo @ Fabienne Rappeneau

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