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Un trio complice au sommet. Au Théâtre Montparnasse, Olivier Broche, François Morel et Olivier Saladin transforment une querelle d’amis (et quelle querelle !) en un moment de pur plaisir théâtral.
Il y a des pièces qu’on retrouve avec la curiosité de la recréation. Celle-ci en fait partie. Depuis sa « première » création, elle fait rire, réfléchir et parfois grincer les dents. C’est désormais devenu un classique. La voir aujourd’hui, c’est plonger à nouveau dans la joie simple et gourmande d’un théâtre intelligent, drôle et accessible.
L’histoire est connue, elle tient à un détail presque banal. Serge achète un tableau. Pas n’importe lequel, une toile blanche. Une œuvre contemporaine, coûteuse, radicale. Pour lui, c’est un geste fort. Pour Marc, c’est une absurdité, presque une trahison intellectuelle. Yvan, comme souvent, se retrouve au milieu, essayant de calmer les esprits. Et voilà que la toile immaculée devient prétexte à une mise à nu des caractères, à une dispute d’amis où l’humour saillant côtoie la tendresse diffuse.
Le texte de Yasmina Reza parle d’un tableau blanc, d’art contemporain, et des discussions parfois absurdes qu’il peut provoquer. Derrière le comique de situation, c’est surtout un miroir tendu à l’amitié et aux relations humaines. La pièce explore la loyauté, la complicité mais aussi les tensions qui s’accumulent avec le temps. Elle interroge subtilement la manière dont les années transforment les liens, les souvenirs partagés, les concessions acceptées. Les rancunes et les malentendus aussi, qui s’installent insidieusement.
Chaque réplique révèle un peu de cette fragilité que l’on connaît tous dans nos relations proches. Reza pose une question universelle, qu’est-ce qui nous lie vraiment aux autres ? Est-ce l’histoire commune, la complicité, ou simplement la tolérance à leurs petites excentricités ? Ici, une toile blanche devient le déclencheur d’une réflexion profonde. Peut-on, en apparence pour un rien, fissurer une amitié de trente ans ? Et si cette fissure survient, comment la réparer ou comment accepter que les liens changent ?
C’est cette combinaison de légèreté et de profondeur qui rend la pièce intemporelle et captivante. Le rire naît de situations simples, mais chaque éclat porte avec lui une résonance plus intime, une petite interrogation sur nos propres relations, nos propres fidélités et nos propres failles. Reza réussit le tour de force de parler de l’art sans jamais perdre de vue l’humain, de faire réfléchir tout en faisant rire.
Ce qui fait le sel particulier de ce spectacle, c’est le trio Broche, Morel et Saladin. Voir ou revoir ces trois comédiens ensemble est un bonheur en soi. Leur alchimie, héritée sans doute de leurs aventures passées, apporte une saveur unique. Ils nous donnent l’impression de partager avec eux une soirée entre copains, avec ses rires, ses piques et ses confidences. Une complicité transparaît dans chaque réplique, dans chaque silence. Le spectateur ne doute pas une seconde de leur amitié, et c’est précisément ce qui rend leurs accrochages si savoureux. On rit de leurs chamailleries comme on rirait des nôtres.
La mise en scène de François Morel choisit la sobriété. Pas d’effets appuyés, tout repose sur le texte et sur le jeu. Et cela suffit amplement. Le rythme est impeccable. Les échanges fusent, les respirations tombent juste, les situations et les chutes gaguesques naissent naturellement sans être forcées. On passe d’un éclat de rire à un moment de tendresse en une fraction de seconde. Une émotion subtile et familière file tout le long.
En sortant du théâtre, on garde un sourire de plaisir. Celui d’avoir passé une soirée légère et drôle mais pas innocente avec cette pièce culte qui fait rire sans être superficielle, qui interroge sans être pesante. Un spectacle lumineux servi par trois comédiens au plus haut de leur forme et une mise en scène évidente, naturelle et efficace. Une belle réussite. Incontournable régal de rentrée.
Spectacle vu le 3 septembre 2025
Frédéric Perez
De Yasmina Reza. Mise en scène François Morel. Scénographie Edouard Laug. Costumes Edouard Laug et Valérie Lévy. Lumières Laurent Béal assisté d’Emmanuelle Phelippeau-Viallard. Vidéo Guillaume Ledun. Univers sonore Antoine Sahler. Assistant mise en scène Valentin Morel.
Avec Olivier Broche, François Morel et Olivier Saladin.
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