Magnifique, Réjouissant, Pétulant.
Deux heures de pur bonheur, une belle parenthèse pleine de rires et de légèreté.
La Puce à l’oreille repose sur une situation burlesque, foisonnante de quiproquos, menée avec une vitalité rarement vue — une mécanique comique brillamment intensifiée par les fabuleux comédiens de la Comédie-Française, qui en tendent chaque ficelle avec précision et gourmandise.
Raymonde Chandebise, portée avec une belle vitalité par Claire de La Rüe du Can, est persuadée que son mari Victor, auquel Serge Bagdassarian prête toute sa finesse et son brio, la trompe après la réception d’un colis suspect venant d’un hôtel.
Raymonde décide alors de piéger son époux en organisant un rendez-vous anonyme avec l’aide de son amie Lucienne Homénidès de Histangua, incarnée par Pauline Clément, qui déploie une énergie aussi pétillante que communicative et donne au personnage une vivacité remarquable dans ce tourbillon de quiproquos.
Mais tout se complique lorsqu’apparaît un sosie parfait de Victor : Poche, un employé d’hôtel ivrogne. Serge Bagdassarian incarne ces deux personnages très différents avec une grande clarté, en jouant sur la voix, le corps et la gestuelle, créant un jeu de bascule. Le duo Chandebise / Poche est un véritable tour de force.
Dès lors, les confusions d’identité s’enchaînent, les portes claquent et les malentendus se multiplient dans une mécanique implacable, où le jeu des comédiens, d’une précision redoutable, respecte pleinement le texte de Feydeau tout en faisant naître le rire à travers les mimiques, la gestuelle et les intonations.
La mise en scène de Lilo Baur, magnifiquement orchestrée, amplifie avec un grand brio toute la construction comique de la pièce, nourrie, incarnée, renouvelée. Lilo Baur transpose l’action dans les années 1960, en pleine montagne, au moment de Noël. Ce décor hivernal, visible derrière la baie vitrée, crée un contraste intéressant entre le calme extérieur et l’agitation des personnages, ce qui renforce efficacement le comique
La scénographie d’Andrew Edwards est une vraie réussite. Le salon bourgeois, élégant et fonctionnel, avec ses portes multiples et ses circulations fluides, soutient le rythme des scènes. Au deuxième acte, le passage à l’hôtel du Minet-Galant relance encore le dispositif : escaliers, cachettes et tournette amplifient les quiproquos.
Les costumes, d’ Agnès Falque très années 60, s’accordent parfaitement avec la scénographie. La musique, originale de Mich Ochowiak inspirée de l’univers des années 60 et du cinéma burlesque, soutient le rythme de cette atmosphère joyeuse. Les lumières de Fabrice Kebour accompagnent et soulignent les différents espaces, et mettent en valeur les mouvements et les rythmes de la pièce.
Le jeu des comédiens est remarquable : il fait exister le rire autant dans le rythme que dans le corps, la voix et les silences. Le plaisir des comédiens est visible, presque contagieux, et se transmet immédiatement à la salle, donnant à l’ensemble une légèreté aussi maîtrisée qu’enthousiasmante.
Les tenanciers de l’hôtel, Sylvia Bergé (Olympe Ferraillon), ancienne prostituée vive et directe, et Gilles David (Augustin Ferraillon), souvent débordé par les situations, donnent à l’hôtel une énergie cocasse au cœur de ce tourbillon de malentendus. Alexandre Pavloff incarne avec aisance le docteur Finache, homme à femmes et fin connaisseur de l’hôtel du Minet-Galant. Nicolas Lormeau incarne Étienne avec justesse, un mari dépassé par les événements, mais aussi un valet efficace au cœur du chaos des quiproquos. Yoann Gasiorowski, dans le rôle de Romain Tournel, ami de Victor-Emmanuel et amoureux de sa femme, apporte une belle énergie qui renforce les situations de quiproquos. Birane Ba est époustouflant dans le rôle de Rugg, client impatient attendant sa proie. Nicolas Chupin, en Carlos Homénidès de Histangua, mari jaloux et furieux, nous ravit.
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Jordan Rezgui incarne avec un immense talent Camille Chandebise, neveu de Victor-Emmanuel, avec un défaut d’élocution savoureux — il ne prononce que les voyelles — qui rend son personnage à la fois loufoque et irrésistiblement drôle. Morgane Réal (Antoinette) joue avec finesse une épouse prise entre son mari Étienne et son amant Camille. Et Stéphane Daublain, impayable et cocasse Baptistin, alibi des tenanciers en cas de problème…
Cette Puce à l’oreille est une réussite éclatante, portée par une troupe de comédiens merveilleux. Un spectacle qui fait du bien, tout simplement, et qui rappelle combien le théâtre peut être un art du plaisir immédiat et partagé.
Claudine Arrazat critiquetheatreclau.com Spectacles Vivants
avec la troupe de la Comédie-Française
Sylvia Bergé / Alexandre Pavloff / Serge Bagdassarian / Nicolas Lormeau / Gilles David / Claire de La Rüe du Can / Pauline Clément / Yoann Gasiorowski / Birane Ba / Nicolas Chupin Carlos / Jordan Rezgui / Morgane Real
et Lila Pelissier** : Eugénie / Diego Andres**, Alessandro Sanna**, Sara Valeri** : des skieurs et une fanfare
Stéphane Daublain Baptistin
** de l’académie de la Comédie-Française
Lumières Fabrice Kebour / Réglage des mouvements Joan Bellviure / Collaboration artistique Katia Flouest-Sell
DATES DU SPECTACLE HORS LES MURS
THÉÂTRE NANTERRE-AMANDIERS du 25 mars au 10 mai 2026
du mercredi au vendredi à 20h samedi à 18h dimanche à 15h
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