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Qui donc est le père de la Reine Margot, de d’Artagnan ou du Comte de Monte Cristo ? Alexandre Dumas ou Auguste Maquet, historien de son état, qui fut l’ombre littéraire, le collaborateur, le nègre, le complice du célèbre auteur ?

La pièce nous le dira-t-elle ?

Pratique ancestrale qui s’inscrit dans l’histoire littéraire comme une ritournelle sans cesse rejouée et qui jette au fossé, mensonges, calomnies ou vérités, le « nègre » est souvent l’auteur, nous le savons. Mais où commence et s’arrête sa création ? L’idée, la trame, le contexte social ou historique, le style, les mots, les tournures significatives ?

L’« écrivain fantôme » comme le nomment les anglais, resterait-il ce simple ouvrier payé à la tâche ? Une espèce de second de cuisine sans qui rien ne serait tout à fait faisable ?

S’agit-il d’un échange contractuel et pécuniaire ou d’un don de soi pour éprouver son sentiment de compétence, démontrer aux autres qu’il est un écrivain aussi, banni peut-être mais incontournable sans doute ?

Désir empêché ou calcul volontaire, la place de cet écrivain des oubliettes ne laisse pas indifférente la réflexion artistique et pose la question du fondement de la notoriété d’une création.

Entre Dumas et Maquet, tout allait bien jusqu’à ce que le duo ne fasse plus la paire. Un désaccord de nature stratégique sur le positionnement à adopter au moment de l’avènement de la deuxième république et la relation explose. Le dénigrement de l’un se bat contre la rancoeur contenue de l’autre.

Nous assistons à cette violente dispute qui met en péril leur relation de travail. D’humiliations en dénonciations et de menaces en tentatives de compromis, les mots et les situations vont toucher au paroxysme et nous donner l’occasion d’une fabuleuse joute entre les deux hommes.

La pièce de Cyril Gély et Eric Rouquette, crée en 2003, est d’une saveur délicieuse. Les mots semblent sortis du lexique de Dumas. La plongée dans la fin du 19ème siècle est particulièrement réussie. L’écriture est tonitruante. Elle déborde d’excès et de passages magnifiques où l’agressivité abjecte de Dumas tente d’écraser la docilité patiente de Maquet qui finit par mener combat à son tour.

La mise en scène de Tristan Petitgirard centre notre attention sur le texte, faisant ressortir la tension entre les personnages avec une précise et adroite efficacité.

Xavier Lemaire campe un Dumas truculent, gargantuesque presque, qui montre tout le pouvoir de cet écrivain célèbre à l’estime de soi particulièrement surdimensionnée. Davy Sardou donne à Maquet une discrétion contenue, celle d’un collaborateur qui ne doute pas de ses compétences et qui joue le jeu de cette relation dupée sans ternir sa propre image de soi.

Le combat est joué nettement et brillamment, l’extravagance de Dumas contre la dignité de Maquet sont finement rendues. Les deux comédiens montrent avec fougue et audace la complémentarité des contraires de leurs personnages. Thomas Sagols intervient avec justesse dans ses deux rôles.

Un spectacle captivant et très bien joué, haut en couleurs et en tensions.

 

Frédéric Perez

 

 

Une pièce de de Cyril Gély et Eric Rouquette. Mise en scène de Tristan Petitgirard. Assistance à la mise en scène de Aurélie Bouix. Scénographie de Olivier Prost. Lumières de Denis Schlepp. Costumes de Virginie H. Musiques de Laurent Petitgirard. Son de Vincent Lusteau.

 

Avec Xavier Lemaire, Thomas Sagols et Davy Sardou.

 

 

Du mardi au samedi à 21h00 et le samedi à 15h30

5 rue La Bruyère, Paris 9ème

01.48.74.76.99 www.theatrelabruyere.com


 
- Photo © Lot -

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