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« … Ton regard m’est plus nécessaire que le soleil et j’ai besoin de tes baisers pour rafraîchir mon âme et lui donner des forces. Le lien qui existe entre nous est celui qui me tient à la vie. Si je n’avais été ton amante j’aurais voulu être ton amie. Si tu m’avais refusé ton amitié, je t’aurais demandé à genoux d’être ton chien, ton esclave … » Extrait d’une lettre de Juliette Drouet à Monsieur Victor Hugo, en ville. 1833.

 

Un spectacle original qui montre le paradoxe entre l’amour-passion éperdu et incroyablement beau de Juliette Drouet, et cette rétention volontaire aux accents sadiques et masochistes, prescrite par Victor Hugo, son amant. Amoureuse, confidente, amante et muse, Juliette, cette égérie manifeste, compta autant dans la vie que pour l’œuvre de cet immense écrivain.

 

Un amour légendaire. Un amour complexe et compliqué. Un amour exemplaire.

 

Exemplaire, tant il permet de dénoncer avec force, encore et encore, toute forme de machisme, hier comme aujourd’hui, tout illustre soit-il.

 

Quand bien même elle est acceptée, cette privation de liberté de Juliette Drouet jette un voile trouble, sombre et décevant sur le grand homme, sur l’humaniste accompli et reconnu.

 

Combien il faut aimer pour vouer sa vie tout entière à ce point. Jusqu’à bannir sa propre liberté, la transcendant sans doute dans l’amour passionnel, fébrile et intact cinquante années durant.

 

Quelle est cette dichotomie entre l’homme public et l’homme privé ? Entre intimité et socialité ? Jusqu’où les affres de l’affect peuvent-ils conduire une relation amoureuse ? Jusqu’où la prison peut-elle être dorée ?

 

Autant de questions et autant d’évocations qui semblent ressortir de l’écriture des auteurs Kareen Claire et Thierry Sforza. Mais l’essentiel du texte apporte avant tout un éclairage majestueux sur les liens forts de cet amour inique.

 

La musique est belle. La voix est délicieuse, puissante et douce, tendre et tonique. Ce spectacle musical ressemble à un récital dans lequel se sont glissées des parties narratives et jouées. Il offre un parti pris romanesque poussé dans le registre lyrique et pathétique, qui exalte les sentiments de la passion de Juliette Drouet pour Victor Hugo, de ses implorations et de ses souffrances. Et paradoxalement bien-sûr, de ses joies aussi.

 

La mise en scène adroite et fluide de Bernard Schmitt crée une ambiance et campe un décor servant finement le romantique des situations et des propos. Les lumières de Jacques Rouveyrollis donnent un éclairage soyeux, avec éclat ou discrétion, selon les moments.

 

Une partition résolument moderne, qui n'est pas sans rappeler les comédies musicales contemporaines, servie par les deux musiciens Kareen Claire, au chant et Cyril Duflot-Verez au piano.

 

Une jeune création à soutenir et à encourager, qui porte un regard en chantant, précis et documenté, sur cet amour extraordinaire.

 

 

Spectacle vu le 15 octobre 2018,

Frédéric Perez

 

 

De Kareen Claire et Thierry Sforza. Mise en scène de Bernard Schmitt. Direction musicale de Cyril Duflot-Verez. Lumières de Jacques Rouveyrollis.

Avec Kareen Claire et la voix de Jean Réveillon. Cyril Duflot-Verez au piano.

 

Le lundi à 21h00 et le mardi dimanche à 19h00

78 bis boulevard des Batignoles, Paris 17ème

01.42.93.13.04 www.studiohebertot.com

 

- Photo © David Twist -

- Photo © David Twist -

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