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Un vent de folie débridée souffle sur ce spectacle. Courteline dans tous ses états, criant « Haro ! » sur la société de la fin de 19ème siècle qu’il dépeint sans concession, revisité délicieusement aujourd’hui avec une truculence insolente qui en renforce la drôlerie.

 

La force comique des textes adroitement montés pétille tout le long. L’intelligence et la roublardise déversées par leurs observations perspicaces et dévastatrices nous éclaboussent en permanence de mots d’esprit acerbes et acides, de situations rieuses et désopilantes. Une cascade de plaisirs et de rires.

 

Citations, chansons et saynètes s’entremêlent hardiment et brocardent sans vergogne les excès grotesques, les bassesses ignobles et les débordements effrontés de l’administration, de la famille, du mariage, du ménage, des codes de bonne conduite en tous genres, de leurs dérives liberticides, moralistes et finalement ridicules.

 

Normes rigides et ubuesques, poires ou couillons qui se bousculent pour les faire vivre, femmes et hommes qui s’écharpent, s’égratignent ou se désirent plus grandes ou plus forts jusqu’à sublimer leur ordinaire, tout y passe dans cette revue de détail franche et rigolote.

 

Courteline excelle dans la satire sociale de la gente populaire ou bourgeoise, rien n’échappe à ses brossages qu’il veut toujours compatissants et chaleureux, jamais méchants, comme s’il voulait qu’on plaigne ses personnages après s’en être moqué.

 

Le montage de textes mis en scène par Bertrand Mounier est truffé des traits ravageurs, narquois et piquants, de scènes cruelles et comiques de la vie quotidienne et amoureuse, choisis parmi les meilleurs dans les œuvres de Courteline.

 

Le parti-pris de mise en scène de créer un théâtre dans le théâtre est bienvenu et renforce la proximité et la complicité avec le public. Changements de décors et de costumes à vue, personnages présents en permanence sur le plateau, se parlant entre eux dans les intermèdes, ce dispositif astucieux nous baigne dans l’univers de Courteline, faisant ressortir son ironie cinglante, son humour élégant et sa poésie de la dérision.

 

Un rythme soutenu voire acharné cadence les jeux de comédie et les chants donnés par la troupe entière ou en solo, en duo ou en trio. Une théâtralité réussie souvent poussée au farcesque qui se révèle sensible, désopilante et réjouissante.

 

La distribution tout entière est brillante, d’un enthousiasme drôle et communicatif. Un vrai et bel esprit de troupe passe la rampe. Salomé Villiers, espiègle ou colérique, farouche ou séductrice, nous amuse autant qu’elle nous charme. Isabelle de Botton comme d’habitude est impayable dans ses compositions variées. Étienne Launay, Pierre Hélie, Philippe Perrussel et François Nambot sont tous les quatre pêchus à souhait, hilarants et remarquables.

 

Ce spectacle est un grand plaisir de bonne humeur. On y sourit, on y rit ou l’on fou-rit en permanence. C’est frais, intelligent et très bien joué. Petite pépite théâtrale dont il serait dommage de se priver. Courez-y !

 

 

 

Sept pièces courtes de Georges Courteline. Mise en scène de Bertrand Mounier. Collaboration Artistique de François Nambot. Scénographie de Virginie H. et Bertrand Mounier. Costumes de Virginie H. Création musicale de Kahina Ouali.

 

Avec Isabelle De Botton, Salomé Villiers ou Raphaëlle Lemann, Étienne Launay, Pierre Hélie, Philippe Perrussel, Bertrand Mounier ou François Nambot.

 


Du mardi au samedi à 19h00 et le dimanche à 16h00

53 rue Notre-Dame-Des-Champs, Paris 6ème

01.45.44.57.34 -  www.lucernaire.fr

 

- Photo © Franck Harscouet -

- Photo © Franck Harscouet -

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