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Quel plaisir de retrouver (ou de découvrir) cette opérette du grand Offenbach, qui compte parmi les nombreuses pièces en un acte qu’il a composées.

« Un billet de loterie peut-il changer le cours d’une vie ? Frantz est un jeune tyrolien qui a acheté le numéro 66 à la loterie de Vienne. Il espère remporter le gros lot et ne plus avoir à chanter sur les routes avec sa compagne Grittly. Mais l’attrait de la fortune pourrait bien l’éloigner de ce qui lui est vraiment cher. Et le colporteur, que le couple rencontre sur son chemin, semble avoir plus d’un tour dans son sac pour continuer de les faire chanter. »

Dans la pure lignée des « vaudevilles, anthropophagies, paysanneries ou bouffonneries musicales », appellations données avant celle « d’opérette », et dans la succession logique des « opera-buffa » italiens, l’essence satirique et romanesque des partitions d’Offenbach est bien là. Par exemple, dans cette opérette, les airs connus : « la romance », « la tyrolienne » et « l’entrée du colporteur », impeccablement donnés ici, ressortent avec éclat mais n’effacent pas la saveur des autres ni le burlesque des situations, formant un tout cohérent et fluide.

Cette opérette tangue entre la parodie et la fable moraliste. Le texte du livret comme la gouaille piquée de mélancolie de la musique ne désignent pas tout à fait la voie, laissant aux nombreux interprètes qui se sont succédé le soin d’apporter leurs approches et aux publics leurs regards.

Victoria Duhamel, par sa mise en scène, prend ici le parti de jouer le jeu du jeu et de débrider les personnages et les situations des habitus conventionnels. C’est heureux et complice, chaleureux et drôle. Duhamel propose une approche artistique originale où le ludique prévaut en renforcement. Une introduction par harangue du public place d’entrée et jusqu’à la fin les spectateurs en situation de jeu participatif. L’ensemble est précisément calé, la musicalité ressort et prédomine. C’est astucieusement bien fait.

Les messages sous-tendus du livret ne sont pas minorés pour autant. Le personnage de Grittly évoque notamment dans ses airs son sentiment d’abandon et dénonce la vénalité de son compagnon. Mais Offenbach reste fidèle à lui-même et trace le sillon de la dérision dénonciatrice joyeuse malgré tout, transportant tout son monde dans l’univers féérique et éphémère qui fait sa patte, invitant le public à l’y rejoindre.

Les comédiens-chanteurs Gilles Bugeaud, Lara Neumann et Flannan Obé brillent d’aisance et de justesse dans les chants comme dans les jeux. Fringants habitués du genre, elle et ils ne désemparent pas de talent dans cette œuvre légère et rebondissante. Les airs résonnent avec clarté et les situations sont jouées avec engagement et espièglerie.

Les musiciens Christophe Manien, Rozenn Le Trionnaire et Lucas Perruchon, présents sur le plateau, participent à la fête et apportent une contribution remarquable à cette entreprise délurée et complice.

Une agréable opérette servie avec brio, prenant les atours d’une « bouffonnerie musicale » chère à Offenbach, où les allures de pochade donnent au divertissement un aspect populaire, habile et agréable. Un buffet de plaisirs à déguster avec gourmandise.

 

Spectacle vu le 4 décembre 2021

Frédéric Perez

 

 

Musique de Jacques Offenbach. Livret d’Auguste Pittaud de Forges et Laurencin. Mise en scène de Victoria Duhamel. Scénographie de Guillemine Burin des Roziers. Costumes de Émily Cauwet-Lafont. Arrangements de François Bernard. Lumières et régie générale de Félix Bataillou.


Avec Gilles Bugeaud, Lara Neumann et Flannan Obé.

Christophe Manien (piano), Rozenn Le Trionnaire (clarinette) et Lucas Perruchon (trombone).

Photos © Victoria Duhamel
Photos © Victoria Duhamel

Photos © Victoria Duhamel

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