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Un spectacle percutant et totalement surprenant. Autant par ses propos ravageurs, radicaux et pédagogiques, qui nous rappellent ou nous apprennent les idées portées par Montesquieu et par Machiavel, que par les questionnements acérés qu’il pose et qui interrogent avec une acuité tout à fait étonnante notre regard sur l’actualité sociale et politique.

 

Adapté par Marcel Bluwal qui a soigné une théâtralité édifiante et efficace, ce texte de Maurice Joly avocat de son état et polémiste français, est paru en 1864 à Bruxelles. Ce pamphlet iconoclaste, d’une violence inouïe, à la teneur instruite et cathartique fut censuré aussitôt qu’il passa la frontière et son auteur emprisonné un temps.

 

Depuis réhabilité, il demeure aujourd’hui encore d’une modernité stupéfiante.

 

Il fallait en effet oser rassembler le temps d’un débat imaginaire Montesquieu le philosophe des Lumières, illustre penseur de la sociologie politique et Machiavel le célèbre penseur de la renaissance, égérie du pouvoir absolu et de l’empirisme en politique, pour disputer la question du rapport entre démocratie et despotisme.

 

Que ces échanges nous parlent et leurs illustrations nous saisissent tant il est impossible de ne pas faire les liens entre ces idées et ces systèmes évoqués et débattus, qui s’opposent et l’actualité qui nous environne.

 

Agir sur l’opinion publique pour la contraindre à se convaincre elle-même qu’elle a décidé de laisser toute liberté au pouvoir dominant… Niveler voire bâillonner l’influence de la presse en l’instrumentalisant… Taire les contre-pouvoirs en les divisant… Prétendre aimer le peuple et donc agir pour son bien…  Autant d’évocations qui semblent résonner aujourd’hui avec une coïncidence sidérante.

 

La mise en scène de Marcel Bluwal donne aux deux personnages le soin de présenter leurs diatribes avec humeur et conviction. Bluwal les rend tous les deux crédibles par leur engagement, tous les deux déroutants par la sincérité qui les anime et le trouble qu’ils répandent dans nos propres raisonnements.

 

Pierre Santini campe un Montesquieu fidèle à l’esprit de liberté, d’émancipation des humains et d’évolution des institutions. Sûr de ses convictions et de sa pensée. Hervé Briaux joue Machiavel sans appui dans la sournoiserie mais en relevant par l’espièglerie toute la manipulation que véhiculent les propos du personnage. Chaleureux et convaincants, ils montrent tous les deux l’humanisme ou l’humanité de leurs personnages sans jamais les trahir ni les exagérer. L’effet est d’autant plus remarquable.

 

Une mise en scène adroite et précise. Deux comédiens brillants. Un spectacle fascinant que cette joute à la résonance incroyablement contemporaine. Je recommande vivement.

 

 

 

Spectacle vu le 20 septembre 2018,

Frédéric Perez

 

 

 

De Maurice Joly. Adaptation et mise en scène de Marcel Bluwal assisté pour la mise en scène par Véronique Viel. Décor de Catherine Bluwal. Lumières de Jacques Rouveyrollis assisté de Jessica Duclos. Costumes de Corinne Rossi.

 

Avec Hervé Briaux et Pierre Santini.

 

Du mardi au samedi à 19h00 et le dimanche à 15h00

Relâches les 28, 29 et 30 septembre

75 boulevard du Montparnasse, Paris 6ème

01.45.44.50.21 www.theatredepoche-montparnasse.com

 

- Photo © Victor Tonelli -

- Photo © Victor Tonelli -

- Photo © Victor Tonelli -

- Photo © Victor Tonelli -

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