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Il arrive parfois, au détour d’un festival, que surgisse un spectacle rare, délicat et précieux, de ceux qui enveloppent les spectateurs avec l’évidence sensible de l’art. Ce spectacle est de cette trempe-là. Un joyau de théâtre visuel, ciselé avec une précision d’orfèvre, où chaque geste respire, chaque silence parle, et chaque éclat de rire résonne longtemps dans le cœur.
« Deux inutiles assis là, à se partager un bout de banc tout juste assez grand pour leurs paires de fesses. Ces clandestins du réel s’occupent, s’écrivent, s’inventent un ailleurs en prenant des chemins buissonniers. Entre danse, mime et clown, un instant burlesque où le mouvement fera récit, le geste sera mot et les émotions deviendront danse. »
Sur un banc étroit, trop petit ou pas assez grand, deux silhouettes anonymes, mine de rien, s’installent... Et tout à coup s’ouvre une brèche.
Dans cette fissure du réel, le quotidien s’efface doucement, happé par la poésie. Car rien ici ne pèse ni ne s’impose. Tout se laisse deviner, s’esquisse, s’ébauche avec tendresse et dérision. La danse se glisse dans le moindre mouvement, le clown surgit d’un froncement de sourcil, le mime brode du rêve à partir d’un petit rien.
Et c’est précisément là que réside la force du spectacle, dans ce presque rien qui dit tout. Un regard de travers, une tentative de contact avortée, un pas de côté, et c’est un monde qui s’invente. Le burlesque ne surjoue jamais, il affleure, discret et irrésistible, tel un clin d’œil complice lancé au public.
On rit, souvent, on sourit, toujours. Mais ce rire, loin d’être une échappatoire, devient une manière de respirer ensemble, de partager ce qui est en jeu, le lien, la rencontre, l’autre.
Clément Belhache et Caroline Maydat ne jouent pas, ils sont. L’un avec l’autre, contre l’autre, malgré l’autre. Leurs corps parlent au lieu des mots, leurs hésitations deviennent des poèmes muets, leurs conflits de doux orages chorégraphiés. La fluidité de leur partition impressionne, tout est millimétré, mais rien n’est figé. On sent le travail immense, mais on l’oublie immédiatement tant la grâce opère. Le fil narratif, si discret, agit comme un souffle, il nous guide, sans jamais nous contraindre.
Ce spectacle est une suite d’instants suspendus entre rire et mélancolie, une suite de "presque" qui nous touche en plein cœur. On croit y voir Beckett faire la ronde avec Chaplin, sous le regard tendre de Buster Keaton. On y devine aussi la solitude partagée, le besoin d’aimer, la difficulté à faire le premier pas. Mais Deux Riens ne moralise jamais. Il célèbre au contraire la fragilité, l’imperfection, l’éphémère.
Un admirable et éclatant spectacle visuel avec des morceaux de poésie dedans, qui brille de mille feux pour nous éblouir, nous transporter et nous séduire. Un grand moment de plaisir, beau et drôle, de très haute tenue artistique. À voir, revoir, et faire découvrir. Incontournable !
Spectacle vu le 12 juillet 2025
Frédéric Perez
De et par Clément Belhache et Caroline Maydat. Création lumière de Karl-Ludwig Francisco. Création sonore de Michael Bugdahn.
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