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Oblomov, comme une vieille connaissance qu’on n’a pas vue depuis longtemps, s’installe dans la salle cabaret du Théâtre Essaïon. On le retrouve étendu, rêveur, un peu perdu dans ses pensées. Il ne bouge presque pas et pourtant, tout bouge autour de lui. Le monde le pousse. Nous découvrirons que ce refus de l’agitation devient vite une manière de vivre, un art presque. Zakhar, magnifique Yvan Varco, son domestique/confident/patriarche le houspille et lui résiste avec la placidité d’un homme lassé et fatigué.

Tout part de là, un maître immobile et son serviteur infatigable. Cette drôle de cohabitation entre un homme qui rêve sa vie et un autre qui s’épuise à la faire tenir debout. Le texte de LM Formentin d’après Gontcharov, dense et ironique, devient ici une conversation ininterrompue entre deux dépendances, deux solitudes qui s’interpellent.

Le personnage d’Oblomov évolue avec une lenteur étonnante, quasi maladive. On ne se parvient pas à repérer vraiment le rêveur professionnel du paresseux insignifiant. Il reste immobile et s’agite par à-coups. Zakhar, son domestique, s’affaire autour de lui, ronchonne, nettoie, sert, grogne encore. L’un ne peut rien sans l’autre. Ce lien de servitude prend un tour de drôlerie tendre, parfois féroce. Sur scène, on sent le temps passer entre eux comme un troisième personnage, témoin de leur attachement maladroit. Le personnage de Zakhar, vif autant que terre à terre, tire sans relâche sur la corde de la réalité. Le contraste amuse, émeut, et tient la scène sans jamais faiblir.

Tout tient dans le jeu redoutablement précis et charismatique d'Yvan Varco.

La pièce prend le pari du dépouillement. Les deux comédiens Alexandre Chapelon et Yvan Varco endossent tous les personnages. Ils créent un univers complet avec quelques accessoires et des lumières qui respirent. Cette sobriété attire le regard et l'écoute sur l’essentiel, la relation entre le maître et le serviteur. Cela se joue dans les gestes minuscules, les silences, les soupirs. Il y a une ironie tranquille dans leurs échanges, une humanité sensible.

La mise en scène de Jacques Connort s’attache à rendre le texte vivant, actuel, presque familier. Loin des clichés sur l’âme slave, cette mise en vie souligne la dimension universelle du personnage d’Oblomov. Un homme qui s’arrête pendant que le monde court. On reconnaît en lui quelque chose de notre époque, où la lenteur devient résistance, où le rêve devient luxe, où la paresse fait débat.

Le spectacle joue sur le rythme et la clarté. Pas de lourdeur, pas de décor encombrant. L’espace autour du texte évolue avec les situations. L’humour affleure souvent, discret mais présent, et la mélancolie n’enlève rien à la légèreté du ton. Les rires s’invitent naturellement, comme des soupirs partagés.

Ce qui séduit, c’est la justesse du jeu d’Yvan Varco qui nous emporte et rend l’ensemble crédible et présent. Il ne cherche pas à moderniser à tout prix ni à rejouer la Russie d’antan. Il contribue avec empathie à raconter simplement cette histoire d’hommes, de fatigue et d’amitié, d’espoir suspendu. Les spectateurs suivent cette relation maitre/serviteur avec un plaisir curieux, pris dans des élans toniques et ceux plus apaisés qui font du bien.

Cet Oblomov à l’Essaïon donne envie de lever le pied, de s’asseoir, d’écouter et de sourire. On y retrouve un théâtre de proximité, chaleureux, où chaque regard compte. Un moment sincère et une mise en scène qui croit à la force tranquille des détails. Une soirée qui, sans bruit, laisse une jolie trace.

Spectacle vu le 3 octobre 2025

Frédéric Perez

 

De LM Formentin, d'après le roman d'Ivan Gontcharov. Mise en scène de Jacques Connort assisté par Philippine Delormeau.

Avec Alexandre Chapelon et Yvan Varco.

 

 

Photos © DR
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