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Le samedi 22 novembre à dix-sept heures, la Philharmonie accueille un moment de musique qui illumine l’après-midi. Jean Rondeau y célèbre Louis Couperin dans un programme intitulé À l’amiable. Le concert commence dans un noir discret. Les notes émergent. Le claveciniste installe une atmosphère d’écoute qui attire l’attention par sa simplicité et sa maîtrise. Les premières mesures laissent entrevoir un échange subtil entre un musicien au sommet de son art et un instrument dont chaque vibration paraît lui répondre avec une finesse presque organique, comme dans une complicité naturelle.
La qualité musicale qui se déploie tout au long témoigne d’une connaissance intime des œuvres. Les préludes non mesurés révèlent une liberté parfaitement tenue. Ils semblent naître sous les doigts de l’interprète avec une clarté qui donne l’impression d’un tracé dessiné en temps réel. Les lignes apparaissent et s’entrelacent avec une assurance tranquille. La musique avance, se détend, trouve des points de suspension qui ouvrent des espaces de silence presque palpables.
Le programme alterne trois suites majeures de Louis Couperin.
La suite en ré présente un enchaînement vif et lumineux. Chaque pièce propose une humeur particulière. Rondeau offre à chacune une attention précise.
La suite en la adopte une couleur plus intériorisée. Le prélude à l’imitation de Froberger résonne avec une gravité douce, porté par un phrasé qui retrouve l’esprit contemplatif du compositeur sans jamais s’alourdir.
La suite en fa déploie une teinte plus souple et rêveuse. Les danses s’y enchaînent avec une fluidité délicate qui laisse apparaître un monde intérieur nuancé. Rondeau y trouve une respiration attentive qui confère à cette suite une présence douce et charmante, complétant parfaitement les couleurs des deux premières suites.
Jean Rondeau fait entendre une vélocité stupéfiante et élégante, dans une structure limpide qui pétille avec énergie. L’élan vif demeure constant. Cette vivacité reste toujours au service de la forme et donne à chaque mouvement un relief propre. La chaconne par exemple semble avancer comme une marche intérieure guidée par une pulsation discrète qui entretient la tension.
La symbiose entre l’artiste et le clavecin impressionne par son évidence. Les attaques sont franches et légères. Les ornements apparaissent comme des respirations naturelles. Le clavecin s’exprime en couleurs plus qu’en volume. Les harmoniques se mêlent au discours avec un naturel étonnant. On sent une volonté d’habiter chaque mesure avec la même intensité. Le plaisir du geste se transmet au public presque spontanément.
La force du récital réside dans cette capacité à unir rigueur et spontanéité. La musique de Couperin trouve une présence directe qui renvoie à la fraîcheur de l’interprète, maître de l’instrument et prêt à laisser circuler l’imprévu à l’intérieur du cadre.
Un rendez-vous de haute volée qui donne envie de prolonger l’écoute de Louis Couperin et de retrouver Jean Rondeau, ce musicien capable de transformer une fin d’après-midi en un moment musical lumineux et généreux.
Concert du samedi 22 novembre 2025, 17h00
Frédéric Perez
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