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Quand le spectacle prend vie au Théâtre 13 bibliothèque, la salle semble agitée d’une curiosité à hauteur du sujet. Tout repose sur un texte qui déroule rêves et cauchemars comme un album soigneusement classé puis brusquement retourné, renversé, agité. Chaque vision s’installe avec une clarté presque méthodique, une sorte de rangement intérieur où les espaces mentaux restent identifiables. Puis, au fil de la représentation, ces images se rencontrent, s’emmêlent, se frottent les unes aux autres jusqu’à créer un tourbillon onirique, une sorte de gloubi boulga vivant où souvenirs troublés et fantaisies audacieuses se déplacent sans prévenir.
Le texte de Thomas Fustec installe un dialogue continu qui s’établit entre drôlerie et tragique. Les scènes glissent d’un registre à l’autre avec malice, comme si chaque détour réservait une découverte. L’humour surgit dans les endroits les plus inattendus, souvent là où l’ombre semblait avoir gagné du terrain. Il éclaire une situation, ouvre une brèche, crée une complicité. Puis une sensation plus grave, voire gore, s’invite, transforme le rire, lui donne un écho différent. Cette alternance forme une danse insidieuse qui maintient l’attention dans un mouvement constant.
Au fil de la représentation, les images se superposent, les corps avancent avec un mélange de fougue et de lucidité, les mots se bousculent dans un imaginaire fantasque et cocasse. On suit ces fragments de rêve comme on suivrait une conversation menée à toute allure par un ami brillant et légèrement perturbé, prêt à changer de direction à chaque phrase.
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La mise en scène de Thomas Fustec accompagne cette progression sans se faire remarquer. Elle organise les trajectoires et les élans, donne du relief aux surgissements et aux silences, tout en gardant la souplesse d’un guide discret. L’œil suit les interprètes avec l’impression suspecte et attirante d’un monde qui se fabrique autour d’eux sans effort visible.
L’interprétation de la troupe composée par Neveen Ahmed, Céleste Carbou-Hypolite, Shems Khettouch, Robin Paule, Arthur Remi Tekoutcheff, Nathan de Teyssière, est totalement engagée. Les jeux avancent avec énergie et intensité, portés par de jeunes artistes qui semblent traversés par ce qui les habite. Leur implication crée une vibration chaleureuse, parfois joyeuse, parfois douloureuse, souvent les deux à la fois. On ressent une ardeur presque contagieuse entre eux, renforcée par une écoute mutuelle qui fait circuler l’émotion d’un corps à l’autre. Cette vitalité donne au spectacle une densité humaine surprenante et engageante.
A Requiem Room trace des sillons vifs, volontaires, traversés d’humour et de tension, dans un souffle mouvant. Une expérience théâtrale singulière, à la fois légère et habitée, où l’esprit accepte volontiers de se perdre.
Spectacle du 26 novembre 2026
Frédéric Perez
Texte de Thomas Fustec d’après l’univers de David Lynch, "Requiem" de Leonid Andreïev dans la traduction d’André Markowicz aux éditions Mesures, extrait de "Pour en finir avec le jugement de Dieu" d’Antonin Artaud. Mise en scène Thomas Fustec. Assistant mise en scène Shems Khettouch. Scénographie Maud Chanel. Lumière Thomas Fustec. Création sonore Robin Paule. Confection masques Julien Donnot. Costumes Ameline Fauvy. Accompagnement dramaturgique Juliette Fressonnet.
Avec Neveen Ahmed, Céleste Carbou-Hypolite, Shems Khettouch, Robin Paule, Arthur Remi Tekoutcheff, Nathan de Teyssière
Compagnie Blue Rose.
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