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Attention, pépite ! Ce spectacle est une réjouissante célébration du verbe et du jeu. Un spectacle véritablement excellent. Une fantaisie savante et burlesque, joyeuse et rieuse qui déferle du début à la fin. Christophe Collin, que nous retrouvons avec plaisir, nous surprend à nouveau. Son adaptation de Rabelais est un délice succulent et ravageur. Sur scène, une équipe attentive s’empare de ce qui devient une joute verbale avec elle-même, où l’humour se marie à une curiosité insatiable pour la langue. La dérision court tout le long et la folie communicative n’est pas loin.
Le texte ainsi composé explore les méandres du mot, ses glissements et ses malentendus. Les situations s’enchaînent en micro-histoires qui tiennent par la chute et la réplique. Collin, adaptateur et metteur en scène le dit lui-même ainsi : ’’Le spectacle explore l’univers rabelaisien : politique, philosophique, scientifique, mais aussi et surtout la langue (moyen français) inventée par Rabelais, « prestidigitateur des mots, créateur d’une langue nouvelle… »’’.
La force du spectacle réside dans la langue elle-même et dans les situations ubuesques convoquées. Les phrases deviennent acrobates, les expressions prennent des couleurs vives, les postures et les mouvements des personnages semblent s’en amuser et la poésie surgit sans emphase, comme une coquetterie têtue et ravissante. L’ironie se glisse dans les détails que chacun savoure à sa manière, les uns goûtant les clins d’œil contemporains, les autres riant de la fraîcheur de la découverte.
La scénographie, sobre et joueuse, transforme chaque objet et chaque costume en autant de prétextes à invention. Le décor est réduit à l’essentiel, vestiaire, praticables et bancs. Le dispositif scénique facilite l’intimité de la pièce qui se fait volontairement complice, et permet le maintien d’une présence ludique et comique constante.
La mise en espace privilégie l’écoute et l’échange, elle invite à laisser la parole tourner comme une pièce qu’on observe sous toutes ses facettes. La distribution est remarquable, juste, fougueuse et complémentaire. Les comédiens Édouard Bioy, Yanis Costantini, Bertrand Festas, Marjorie Hébrard, Eva Loriquet et Isabelle Neltner, se faufilent entre narration, récit et conte avec une aisance étudiée, traversée de spontanéité. Elles et ils manient les registres avec une précision légère, alternant jeu burlesque et moments de réflexion qui surprennent agréablement. Les choix musicaux chantés (dont un magnifique premier chœur a cappella) ponctuent les scènes sans grandiloquence qui soutiennent le rythme et nourrissent l’attention.
Certaines scènes laissent entrevoir un bel élan, et l’on sent qu’elles pourraient encore s’épanouir avec un souffle plus large. Ces instants plus légers laissent intacte la vitalité d’ensemble, la représentation garde son allant et sa cohérence. L’ensemble se montre généreux et témoigne d’un soin apporté autant au langage qu’à l’inventivité.
La salle du 100ECS accueille la proposition avec chaleur. Le dispositif favorise une proximité qui rend le spectacle vivant et proche, le public ne peut que se laisser surprendre par les interventions scéniques.
Christophe Collin signe ici un proposition théâtrale attentive aux mots et aux sons, aux gestes et aux mouvements. Le rire y est intelligent. La mise en scène et la direction d’acteurs privilégient le souffle collectif. Les jeux engagés rebondissent d’espièglerie en espièglerie, maintenant notre plaisir de spectateur et notre curiosité en éveil.
La langue de Rabelais prend ici les atours d’une fête partagée. Une langue malicieuse et inventive qui s’amuse. Elle est célébrée avec malice et sérénité, servie par une troupe soudée et un plateau pensé. Ce spectacle est une invitation à sourire et rire en goûtant à la vivacité de répliques qui font mouche. Un vif plaisir de spectacle.
Spectacle du 6 novembre 2025
Frédéric Perez
D’après François Rabelais. Adaptation et mise en scène Christophe Collin. Direction chorale Bertrand Festas. Collaboration artistique Styphen Faye et Santiago Bordils. Création visuelle Santiago Bordils. Décors et costumes Styphen Faye et Agathe Hamon.
Avec Édouard Bioy, Yanis Costantini, Bertrand Festas, Marjorie Hébrard, Eva Loriquet et Isabelle Neltner.
Compagnie les Inspirines. https://www.lesinspirines.com/
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