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Molière demeure une source de jeu inépuisable. Non pas pour les réponses qu’il apporterait encore, mais pour les questions qu’il continue de poser au théâtre. Avec Molière et ses masques, aux Plateaux Sauvages, Simon Falguières s’empare de cette vitalité avec une curiosité assumée. Le spectacle observe le célèbre auteur à travers ses figures, ses travestissements, ses zones d’ombre et de lumière, en privilégiant le plateau, les corps et l’intelligence du jeu.
Du théâtre qui se veut délibérément un théâtre de tréteaux, joyeux, ardent et accessible. Le masque agit comme moteur, mobile, malicieux et attentif. Il fait surgir les personnages, superposés ou éphémères, crument réels ou fantomatiques, et laisse le geste raconter autant que la parole. Le jeu travaille l’écart, l’adresse et la distance juste.
J’ai beaucoup aimé cette façon de faire entendre Molière sans le figer, de l’installer dans une conversation active avec son temps et le nôtre. Le texte circule, les situations se déplacent, la fiction nous emporte, la pensée se partage.
La mise en scène de Falguières privilégie la clarté et l’élan. Les choix restent lisibles et donnent envie de suivre. Les spectateurs reconnaissent des fragments, des échos, des silhouettes. Le plaisir naît de la reconnaissance autant que de la surprise. Nous sommes sur un terrain conquis et connu, mais abordé avec une manière inattendue et complice. Le rire arrive sans forcer, parfois discret, parfois franc, toujours relié à la narration. Le spectacle est capable de faire dialoguer la comédie et la réflexion dans un même élan.
Les comédiens Antonin Chalon, Louis de Villers, Anne Duverneuil, Charly Fournier, Victoire Goupil et Manon Rey forment une troupe qui porte le projet avec une générosité flagrante. Les six artistes se partagent rôles et musiques dans un rythme effréné, utilisant le corps, la voix et les silences avec précision. Le masque transforme leur présence, aiguise l’attention et soutient un travail sensible et vivant auquel les spectateurs s’attachent naturellement.
La scénographie et les lumières modulent l’espace au gré des besoins de la farce et des scènes historiques qui s’entrelacent. La musique collective s’intègre au mouvement, en dialogue avec le récit et les situations.
Le spectacle fait confiance au plateau, à la troupe et à son adresse directe au public pour faire circuler les figures, les situations et les idées. Cette fidélité au geste théâtral, à sa simplicité apparente et à sa richesse concrète, donne au projet cohérence et tenue. Aux Plateaux Sauvages, cette proposition trouve un terrain idéal, capable d’accompagner une écriture scénique vivante, populaire au sens noble, et exigeante dans son rapport au jeu.
Je garde en tête une sensation de partage très forte, celle d’un théâtre qui revendique le collectif comme moteur et comme horizon. Molière et ses masques affirme une manière fondée sur le jeu, le masque et le tréteau, où la comédie et la réflexion avancent ensemble. Un moment fort et généreux, brillamment interprété, qui affirme un théâtre de plaisir et de pensée partagée. À ne surtout pas manquer.
Spectacle du 22 janvier 2026
Frédéric Perez
Texte, mise en scène et scénographie Simon Falguières. Costumes Lucile Charvet. Lumières Léandre Gans. Musique Simon Falguières, Manon Rey, Antonin Chalon et Charly Fournier. Construction des tréteaux Le Moulin de l’Hydre, Alice Delarue et Léandre Gans. Avec Antonin Chalon, Louis de Villers, Anne Duverneuil, Charly Fournier, Victoire Goupil et Manon Rey.
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